Chaque vendredi au pied de l'abbatiale Saint-Volusien, à Foix, en Ariège, un drôle de rituel s'installe entre les étals du marché. Trombone et pupitre installés, Sylvain Fokus transforme les confidences des habitants...
l'essentiel Chaque vendredi au pied de l'abbatiale Saint-Volusien, à Foix, en Ariège, un drôle de rituel s'installe entre les étals du marché. Trombone et pupitre installés, Sylvain Fokus transforme les confidences des habitants en spectacle vivant. Portrait de ce crieur public pas comme les autres. La Dépêche du Midi est allée à sa rencontre.
Chaque vendredi (ou presque), Sylvain Fokus, de son nom de scène, déambule au cœur du marché de Foix, en Ariège, avec une proposition singulière : écrire un message. Petites annonces locales, poèmes, revendications politiques, mots doux ou simples plaisanteries... Les anecdotes des passants affluent. L'artiste de 29 ans les collecte précieusement avant de prendre quartier derrière son pupitre, au pied de l'abbatiale Saint-Volusien.
Autour de lui, un joyeux fatras sonore : clochettes, sonnettes, harmonica. À midi pile, trombone à coulisse en main, il rassemble la foule. L'heure est venue de révéler ces petits papiers au grand jour. La criée publique peut commencer.
Le déclic de la rueVoilà deux ans que cet intermittent du spectacle en a fait son rituel hebdomadaire, aux beaux jours. Crieur public, un métier disparu petit à petit en France au cours des années 1960, que l'artiste fuxéen a choisi de perpétuer au sein de la cité comtale. Le déclic ? La Fête de la soupe à Florac, en observant Gérald, figure incontournable de la discipline. "J'ai adoré le principe, c'est resté gravé dans un coin de ma tête, raconte-t-il. Ça se transmet juste en observant. C'est très inspirant."
Assez pour franchir le pas. Le baptême du feu a lieu pour les 30 ans de sa compagne, devant une centaine d'invités, avant de tester le grand bain du marché fuxéen. "Je vois ça comme du théâtre de rue, ou un média à minuscule échelle", s'amuse-t-il. Mais sous les dehors d'une improvisation totale, la mécanique est rodée. Toute la scénographie, les instruments, la façon de les amener... Rien n'est laissé au hasard.
"Je t'aime un peu plus que mon café du matin"Certains mots échappent à la poubelle pour rejoindre son panthéon personnel. Ces messages qui l'ont ému, fait rire ou gamberger. Le choix est rude, mais il en retient quelques-uns : "Théo, je t'aime un peu plus que mon café du matin. C'est dire. On en prend un ensemble ?", "Ce n'est pas un signe de bonne santé que d'être adapté à un monde malade", "Celui qui bâtit la liberté s'exprime bien mieux que celui qui construit des prisons" ou encore "Important ! Transports FOIX, il fait taxi, et son frère Gaston fait bus".
Sa signature ? Un alliage de musique et d'esprit clownesque. L'art de la piste coule dans ses veines depuis le plus jeune âge : d'abord à l'école Passing de Tarbes, où le jonglage devient une passion dévorante, puis au lycée Le Garros d'Auch, où cet amoureux de la scène intègre la toute première promotion de l'option cirque tout en faisant ses armes au Pop Circus. Déterminé à faire du spectacle son métier, il parfait ensuite son geste à Piste d'Azur, prestigieuse école professionnelle de La Roquette-sur-Siagne.
Le baptême du feu a lieu pour les 30 ans de sa compagne, devant une centaine d'invités, avant de tester le grand bain du marché fuxéen.
Photo Thierry Bennamoun
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Tisser du lien, au-delà des réseauxPayé au chapeau, Sylvain ne court pas après la gloire numérique - il ne possède d'ailleurs aucun réseau social. Sa quête est ailleurs : tisser du lien humain. "J'aimerais exporter ce format dans des festivals, en Ariège ou ailleurs. C'est une performance qui s'adapte à tous les terrains", confie le crieur.
Sylvain Fokus pratique aussi la magie depuis ses sept ans.
Photo VIBRONAUT
Une passion parmi d'autres pour celui qui a plus d'un tour dans son sac : il pratique la magie depuis ses sept ans. Après avoir usé ses premiers jeux de cartes dans la rue à Toulouse et visionné pléthore de vidéos sur internet, il multiplie aujourd'hui les représentations régionales, travaillant notamment avec la compagnie toulousaine Sans Gravité.
Qu'il manie les cartes ou le trombone, le bientôt trentenaire poursuit la même ambition : créer de l'inattendu au détour d'une rue. Un art du lien et de la rencontre qui, lui, n'a rien d'une illusion...