L’institut médico-éducatif Robert-Séguy de Pépieux est sous le feu des critiques. Des familles et un lanceur d’alerte dénoncent des dysfonctionnements et des comportements inappropriés de certains éducateurs. Une...
L’institut médico-éducatif Robert-Séguy de Pépieux est sous le feu des critiques. Des familles et un lanceur d’alerte dénoncent des dysfonctionnements et des comportements inappropriés de certains éducateurs. Une plainte a été déposée, d’autres pourraient suivre et une enquête est demandée pour clarifier la situation.
L’institut médico-éducatif (IME) Robert-Séguy de Pépieux, établissement spécialisé prenant en charge les jeunes en situation de handicap, est au cœur de la tourmente. Depuis plusieurs mois, des familles se plaignent de certains éducateurs et de l’encadrement.
En marge des critiques venues des familles, certains éducateurs travaillant au sein de la structure ont également mis au jour bon nombre de dysfonctionnements. Ainsi, un lanceur d’alerte a rédigé et envoyé à la direction des ressources humaines de l’APAJH (Association Pour Adultes et Jeunes Handicapés), support de l’IME de Pépieux, un rapport de 17 pages.
Des familles inquiètes et en colèreLa première alerte a été donnée par mail à la rédaction de L’Indépendant. Jessica Jeannot est la maman d’un enfant avec TSA (trouble du spectre de l’autisme) qui est accueilli à l’IME de Pépieux depuis la rentrée 2025. Cette année, sa présence sur place est passée de deux à quatre jours par semaine. Après une première année sans souci, elle reçoit le 18 septembre dernier un message déconcertant : "Afin de préserver votre enfant des risques psychosociaux présents dans l’établissement, nous sommes dans l’incapacité d’accueillir votre enfant". En cherchant la raison de cette mise à l’écart, la jeune femme réalise que "le fonctionnement de la structure est problématique, certains éducateurs refusant d’être en contact avec certains enfants". En outre, le fait de ne plus accepter son enfant met en péril son activité professionnelle, puisqu’elle ne peut pas travailler tout en s’occupant de son enfant, qui nécessite une attention de tous les instants*.
Parmi les autres familles impliquées dans la fronde, Peggy et David Meillière sont également très remontés : "Depuis environ un an, nous constatons une situation préoccupante concernant son accompagnement, notamment à l’internat. Notre fils dont le handicap rend toute communication difficile, a tout de même réussi à nous faire comprendre que certaines éducatrices lui criaient dessus. D’autre part, les éléments dont nous disposons nous conduisent à signaler des violences verbales, des sanctions, des humiliations ainsi que sa mise à l’écart sous prétexte qu’il allait "se chier dessus".
Le couple a décidé de porter plainte auprès du procureur de la République, contre l’APAJH et une des éducatrices, exprimant que "cette situation a des répercussions sur notre fils. Nous constatons notamment chez lui de la colère, un mal-être et l’apparition d’un psoriasis. Régulièrement, il refuse de se rendre au centre lors de jours précis, qui correspondent à la présence d’une éducatrice en particulier (celle visée par la plainte NDLR)". Il demande "des investigations permettant de déterminer la nature exacte des problèmes, les circonstances, et les éventuelles responsabilités".
Au début du mois d’octobre, Jessica Jeannot, le couple Meillière et d’autres familles s’étaient rendus au siège de l’Agence Régionale de Santé de Carcassonne afin d’être entendus. "Ils nous ont dit qu’ils étaient conscients qu’il y avait des problèmes, mais qu’ils n’en étaient pas responsables", poursuit Jessica Jeannot. Après de longues semaines sans communication avec la direction de l’IME de Pépieux, une réunion d’information avait été organisée ce même jour, en présence du directeur de l’APAJH. Une rencontre qualifiée de "peu concluante" par Peggy Meillière : "La direction reconnaît des dysfonctionnements, et veut en discuter avec certains éducateurs actuellement en arrêt, mais il n’y a eu aucune reconnaissance des problèmes de maltraitance".
Un lanceur d’alerte méticuleuxDans son document rédigé minutieusement, et caractérisant avec détail sa vision de la situation à l’IME de Pépieux, le lanceur d’alerte – pour qui il n’est "plus possible de rester silencieux" – fournit une description précise de certains agissements de l’éducatrice visée par la plainte, agrémentée de nombreuses citations : "Quel débile celui-là" ou encore "Putain mais il comprend rien celui-là". Une situation qui a interrogé et choqué l’auteur du rapport, "compte tenu du contexte et des besoins particuliers du jeune concerné".
Quant à l’organisation du centre, il explique avoir détecté un schéma de "fonctionnement répétitif équivalent à : tensions, conflits, arrêts de travail, sous-effectif, désorganisation, recours à des remplaçants, nouvelles tensions". Et de poursuivre : "Lorsque ces difficultés produisent des effets sur l’organisation, les repères des enfants, la continuité des accompagnements ou la disponibilité des équipes, elles deviennent également une question de qualité et de sécurité de l’accompagnement".
Tout comme les époux Meillière, l’auteur du document demande une enquête, et un examen précis de la situation à Pépieux : "Nous avons besoin d’un cadre dans lequel nous pouvons exercer notre métier en sécurité".
Pour répondre aux nombreuses accusations portées à la fois par les familles et par le lanceur d’alerte, la direction de l’APAJH a fait parvenir à la rédaction de L’Indépendant un communiqué de presse dans lequel elle "réaffirme son engagement pour la sécurité des jeunes accompagnés, et le soutien à ses professionnels".
Signé par le service communication, le texte assure en préalable que "depuis plusieurs semaines, l’IME de Pépieux fait l’objet d’une attention particulière à
la suite de signalements ayant conduit à l’ouverture de différentes investigations par les autorités et instances compétentes".
Et de préciser :"Plusieurs actions ont été engagées : information et coordination avec l’Agence Régionale de Santé, enquête conjointe de l’association avec les instances représentatives du personnel (CSE-CSSCT), saisine des autorités compétentes pour les faits relevant de leur champ d’intervention, organisation de temps d’échanges avec les équipes et les familles, ainsi que recours à un cabinet externe indépendant chargé de conduire une analyse institutionnelle approfondie. Cette intervention extérieure vise notamment à identifier les facteurs organisationnels et institutionnels ayant contribué aux tensions actuelles, à soutenir les professionnels et à proposer des mesures permettant de restaurer durablement un fonctionnement serein et sécurisé".
En conclusion, l’APAJH assure être "pleinement consciente que cette situation a pu susciter des interrogations et des inquiétudes chez les familles, les professionnels et les partenaires".
Au-delà des enquêtes en cours, l’association porte "une attention particulière à la qualité du climat relationnel au sein de l’établissement, à la sécurité et au bien-être des jeunes accompagnés ainsi qu’aux conditions d’exercice des professionnels. Des actions de soutien, d’accompagnement et de réorganisation ont été engagées afin de favoriser un fonctionnement serein de l’établissement et de permettre à chacun, jeunes comme salariés, d’évoluer dans un cadre respectueux, sécurisé et adapté".