Battue après dix-huit années à la tête d’Agen, la figure historique du centre agenais n’a rien perdu de son mordant. Jean Dionis du Séjour revient sur sa défaite, livre un réquisitoire sévère contre les premiers mois...
Battue après dix-huit années à la tête d’Agen, la figure historique du centre agenais n’a rien perdu de son mordant. Jean Dionis du Séjour revient sur sa défaite, livre un réquisitoire sévère contre les premiers mois de Laurent Bruneau, écarte une candidature aux législatives et raconte sa nouvelle vie. Entretien sans détour.
« Une défaite douloureuse, que je n’avais pas anticipée. Un véritable choc. » Dix-huit ans à la tête d’Agen, trois victoires municipales et, soudain, le verdict des urnes. Jean Dionis du Séjour ne cherche pas à masquer la blessure. Mais plusieurs mois après sa défaite face à Laurent Bruneau, l’ancien maire assure avoir pris du recul. « Les Agenaises et les Agenais m’ont fait confiance à trois reprises. Ils me reprennent cette confiance. C’est la règle démocratique. »
Pour comprendre sa défaite, il avance trois explications : la poussée du Rassemblement national, la campagne dynamique de la gauche et le « dégagisme ». « C’est une pulsion. C’est de dire : bon, OK, il a bien bossé, mais maintenant, on passe à autre chose. Et ça, on n’a pas su y répondre. » Une forme de lucidité sur l’usure du pouvoir, même s’il continue de dénoncer la « compromission majeure » de Laurent Bruneau avec La France insoumise.
L’ancien maire reconnaît à son successeur une campagne efficace. Mais la bienveillance s’arrête au soir de l’élection. « Il a raté son départ », assène-t-il. Son diagnostic est sévère : une équipe inexpérimentée, mais surtout profondément divisée.
« Inexpérimentés, on s’en remet. Ils vont apprendre, et ils arrivent en plus avec de la fraîcheur. » Le problème serait ailleurs : dans les divergences entre socialistes et militants LFI. « Elle est hétérogène, ça se voit tous les jours, et elle est divisée, profondément divisée. » Conséquence, selon lui : « Elle ne décide pas, cette municipalité. »
Tout n’est pourtant pas à jeter. Dionis salue l’effort d’animation engagé par la nouvelle majorité. Avant de décocher l’une de ses formules les plus cinglantes : « Être maire d’Agen, ce n’est pas président du comité des fêtes. » Pour lui, les priorités restent la qualité des services publics et la modernisation de la ville. « La ville, c’est un corps vivant, il ne faut pas arrêter de la moderniser. »
La critique devient plus technique lorsqu’il aborde les finances municipales. L’ancien maire conteste la présentation d’une situation financière dégradée héritée de ses mandats. Il invoque notamment l’audit commandé par la nouvelle majorité, qui qualifierait d’« honorable » la situation financière de la ville fin 2025, avec un taux d’épargne de 13,1 %.
À ses yeux, Laurent Bruneau doit désormais cesser de regarder dans le rétroviseur et se confronter aux difficultés de gestion. Il réclame une politique « beaucoup plus énergique », notamment en matière de ressources humaines, et met en garde contre les prochaines contraintes budgétaires imposées aux collectivités.
Et son propre avenir politique ? Alors que son nom circule pour les prochaines législatives, Jean Dionis du Séjour ferme clairement la porte. « Je coupe absolument court à cette rumeur. » Relancé sur une éventuelle candidature, il tranche : « Non, je ne serai pas candidat. Ça, c’est clair. »
Il n’entend pas pour autant disparaître du paysage agenais. Toujours conseiller régional, il revendique une autre manière de s’engager, tout en saluant le travail de la nouvelle génération d’opposants municipaux.
Derrière le responsable politique, il y a aussi l’homme qui retrouve du temps. « J’ai fait du vélo. J’ai retrouvé la famille. » Et cette confidence, livrée avec humour : « Je réapprends à vivre avec ma femme. » Pendant des années, leurs vies étaient « assez parallèles ». Désormais, ils partagent davantage leur quotidien. Même si son épouse lui reproche encore de passer trop de temps au bureau et pas assez dans le jardin.
Passionné d’histoire locale, d’écriture et de cyclisme, il renoue également avec des associations qui lui tiennent à cœur, autour de Michel Serres, de l’Académie et du SUA Cyclisme.
Jean Dionis du Séjour a donc quitté le fauteuil de maire. Pas le débat public. Et encore moins cette ville dont il continue de scruter, avec une attention manifestement intacte, chaque décision.