Depuis bientôt dix ans, un salarié d’Aéroports de Paris mène une bataille judiciaire pour dénoncer les brimades dont il se dit victime. Deux décisions de justice rendues cette année, dont le groupe a fait appel, reconnaissent la « faute inexcusable » de son employeur. Anatomie d’un cas extrême de violence au travail.
Soudain, le sol se dérobe sous vos pieds. Il suffit de trois fois rien – un regard de biais, une remarque scabreuse, une farce potache qui tourne au vinaigre –, et votre vie bascule. Au départ, Nicolas pensait à un bizutage. Embauché par Aéroports de Paris (ADP) en 2002 en qualité d’agent de maintenance électricité (il s’occupe alors du balisage lumineux des pistes d’atterrissage), il commence à faire les frais de l’humour très particulier de ses collègues.
Nous sommes un jour de 2004. Il est aux environs de midi, Nicolas quitte son établi pour nettoyer ses mains noircies par la graisse et la poussière quand quelqu’un lance, sur le ton de la blague : « On le met à poil ! » Nicolas se retrouve saisi par les bras et les pieds, transporté dans les airs comme un fétu de paille, tandis que des mains s’activent sur son pantalon.
« Ensuite, ils m’ont reposé, raconte-t-il aujourd’hui. Et, comme souvent dans tous les actes que j’ai vécus alors, je n’arrive plus vraiment à me souvenir de l’après. Comme un black-out. » Parler ? À qui ? Avec quelles conséquences ? « La suite...