À l’occasion des Assises départementales de la santé mentale, organisées ce vendredi 16 octobre au palais des congrès de Perpignan, le chercheur Xavier Briffault revient sur la dégradation de la santé mentale des...
À l’occasion des Assises départementales de la santé mentale, organisées ce vendredi 16 octobre au palais des congrès de Perpignan, le chercheur Xavier Briffault revient sur la dégradation de la santé mentale des jeunes, les limites des réponses thérapeutiques actuelles et les difficultés d’accès aux soins. Entretien.
Pourquoi la santé mentale des jeunes est-elle devenue un enjeu majeur de société ?
Il y a plusieurs raisons. La crise du Covid-19 a joué un rôle important. Les confinements, la peur de la mort et la perte de confiance dans les institutions ont profondément marqué les jeunes. Ils ont vu des adultes référents, des scientifiques et des médecins dépassés, avec des discours parfois contradictoires. Cela a fragilisé la confiance dans la science, la médecine et le politique. On a ensuite observé une forte augmentation des troubles de santé mentale, notamment des troubles anxieux sévères et des tentatives de suicide. À cela s’ajoutent le dérèglement climatique et le retour des guerres. Les jeunes grandissent dans un monde de plus en plus imprévisible, hostile et difficile à comprendre.
Les réponses thérapeutiques actuelles sont-elles à la hauteur ?
Nous arrivons au bout d’un paradigme, c’est-à-dire d’une manière globale de penser les troubles mentaux. Depuis une trentaine d’années, la psychiatrie a développé un important programme scientifique pour mieux comprendre ces troubles et les traiter. Or, les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes. Prenons les antidépresseurs, ils reposent notamment sur des modèles biologiques de la dépression, dont l’hypothèse d’un déficit en sérotonine. Cette explication est aujourd’hui largement remise en question. Cela ne signifie pas que les médicaments sont inutiles mais que leur efficacité reste limitée et qu’ils ne peuvent constituer, à eux seuls, la réponse. Il faut désormais construire un nouveau modèle, qui commence à émerger.
Dans les Pyrénées-Orientales, comment améliorer l’accès aux soins ?
Il faut d’abord une offre suffisante. Dans les centres médico-psychologiques (CMP) et les centres médico-psycho-pédagogiques (CMPP), les délais peuvent atteindre six mois, voire un an. Pour un enfant ou un adolescent, c’est considérable. Laisser des troubles s’installer peut affecter toute une trajectoire de vie. Mais les structures psychiatriques sont aussi saturées par des demandes qui ne relèvent pas nécessairement de la psychiatrie. Certaines nécessitent plutôt l’intervention de psychologues, d’ergothérapeutes ou un accompagnement de proximité, à l’école, dans les clubs sportifs ou au sein de la famille. Les adultes qui entourent les jeunes jouent un rôle essentiel dans la prévention.
La France est-elle dans le déni face à cette crise ?
Je parlerais plutôt d’évitement des causes réelles. Le politique joue un rôle majeur dans la structuration de la société et dans les conditions de vie et d’éducation. Lorsque celles-ci deviennent intenables, comme le dénoncent aujourd’hui certains jeunes, la réponse consiste à proposer le remboursement de huit séances chez un psychologue. C’est une forme d’alibi. On prétend réparer les conséquences d’un problème sans interroger ce qui l’a produit. Il faut évidemment faciliter l’accès aux soins, mais aussi agir sur les conditions sociales, éducatives et politiques qui contribuent à la dégradation de la santé mentale.