En septembre, le déficit de pluie a atteint en moyenne 70 %, selon Météo France. Conséquence, l’approvisionnement en eau potable d’un million de persones est toujours considéré comme en tension.
Vue aérienne du Lac des Brenets totalement à sec, le 25 septembre 2026. FABRICE COFFRINI / AFP
Mais où est passée la pluie ? Si l’été est désormais bien loin, la France souffre toujours des conséquences d’une saison estivale hors-norme. En plus de températures anormalement élevées, la quasi totalité du territoire demeure confrontée en ce début d’automne à une sécheresse sans précédent, en raison du déficit de précipitations. La situation met sous pression l’approvisionnement en eau potable de millions de Français, et pas seulement dans les régions du Sud. De Paris à Saint-Malo, en passant par la Mayenne, tour d’horizon d’une crise de l’eau historique.
· Il n’a plu que 21 millimètres en septembreC’est un chiffre qui donne une assez bonne idée de l’ampleur de la sécheresse qui sévit en France. En septembre, il n’a plus que 21 millimètres en moyenne sur le pays, soit un déficit de précipitations qui atteint 70 %, selon Météo France. Ce mois se place comme le « troisième mois de septembre le moins arrosé depuis le début des mesures en 1958 », derrière 1977 et 1985.
Rapport à la moyenne mensuelle de référence des cumuls de pluies (Météo France)
Circonstance aggravante, ce mois de septembre très sec fait suite à des mois précédents qui avaient déjà été très déficitaires en précipitations, avec notamment - 60 % en avril, - 50 % en juin et - 60 % en juillet. « Depuis mars 2026, la France n’a connu aucun mois excédentaire en pluie », note Météo-Fance.
La sécheresse des sols, déjà historique depuis plusieurs mois, a donc continué de s’aggraver, avec un indicateur national « resté quasiment tout le mois de septembre à un niveau bas encore jamais observé pour cette période de l’année ». Avant les pluies de la fin du mois, qui ont permis une humidification en surface sur les régions concernées par l’épisode méditerranéen, cet indicateur de sécheresse des sols atteignait « un niveau proche du record sec absolu établi au mois d’août ».
· 83 000 Français sans eau potableCe manque de pluie met sous pression plusieurs territoires. Selon un décompte du ministère de la Santé communiqué au « Monde », l’approvisionnement en eau potable d’1 million de personnes reste considéré comme en tension et plus de 83 000 habitants sont privés d’un accès à l’eau potable, ravitaillés par camions-citernes ou bouteilles d’eau - c’est 30 % de plus qu’au début du mois.
Presque aucun territoire n’échappe aux difficultés : à ce jour, 79 départements (sur 101) sont placés « en crise », soit le niveau le plus élevé, et 14 sont en alerte renforcée.
· Saint-Malo n’a plus que 60 jours de stockLa Bretagne, dont l’approvisionnement en eau potable est très dépendant des précipitations, faute de nappes phréatiques très profondes, souffre tout particulièrement. A Saint-Malo, les réserves s’amenuisent, a alerté la semaine dernière Jean-Francis Richeux, président d’Eau du pays de Saint-Malo. La ville ne dispose plus que de « soixante jours de stock », ce qui est très peu. « Il nous reste moins d’un tiers de stock, ce qui signifie concrètement que si on n’a pas de pluie significative dans les mois qui viennent, on manquera d’eau à la fin du mois de novembre », estime Franck-Olivier Henry, directeur Syndicat des eaux du Pays de Saint-Malo, interrogé par Franceinfo. Sur les quatre barrages qui alimentent le territoire, l’un est à sec depuis trois semaines et les trois autres affichent des niveaux préoccupants.
La situation n’est pas meilleure en Mayenne où Mayenne Communauté, qui regroupe 33 communes, estime qu’à ce rythme l’eau pourrait venir à manquer d’ici trois semaines. Dans un post Facebook, les autorités indiquent que le niveau du barrage de Saint-Fraimbault-de-Prières qui stocke l’eau sur la Mayenne baisse d’environ trois centimètres par jour. « Avec un remplissage de 30 %, l’autonomie restante est de 3, voire 4 semaines ».
Comme à Saint-Malo, elles appellent les habitants à un usage le plus sobre possible de la ressource, en réduisant la durée des douches, coupant le robinet pendant le brossage de dents ou encore en posant des mousseurs sur les robinets, pour en diminuer le débit. Dans la cité corsaire, plusieurs messages sont envoyés par mail ou SMS depuis cet été pour inviter la population à réduire sa consommation à 40 litres maximum par personne et par jour au lieu de 150 en moyenne.
· Le débit de la Seine au plus basL’Ile-de-France souffre elle aussi. Comme sur l’ensemble du territoire national, la situation hydrologique « reste tendue » dans la région après un printemps et un été « particulièrement chauds et secs », prévient dans un communiqué la préfecture, appellant à un « usage sobre » de l’eau face à la sécheresse « persistante » et un débit de la Seine au plus bas depuis 1990.
Le 22 septembre à Paris, la Seine cumulait ainsi 80 jours en deçà du débit qui constitue le seuil de vigilance sécheresse, fixé à 81 mètres cube d’eau par seconde (81 m3/s). Le débit le plus bas enregistré depuis 1990 avait été atteint en juillet dernier, à 62 m3/s. Le soutien des lacs-réservoirs de Seine Grands Lacs (lacs du Der, d’Orient, d’Amance-Temple et de Pannecière), qui stockent l’eau l’hiver et maintiennent à flot la Seine et la Marne, « ne suffit pas à compenser le manque d’eau actuel dans les milieux naturels », explique la préfecture. D’autres cours d’eau de la région francilienne, dont l’Oise et l’Yerres, qui ne bénéficient pas de l’apport des grands lacs, connaissent aussi une situation « très dégradée ».
Et les perspectives ne sont pas bonnes. « Les prévisions météorologiques annoncent un temps probablement plus chaud et plus sec que la normale dans les prochains mois », s’inquiète encore la préfecture.
Par Le Nouvel Obs
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