Pour le juriste Béligh Nabli, la primaire qui doit normalement arbitrer entre différentes incarnations et mobiliser les militants n’aura fait, dans le cas du PS et de ses alliés, que souligner la morosité de cette famille politique.
Pour aller plus loin
La primaire de la gauche sociale-démocrate a permis de visibiliser une famille politique victime d’une forme de relégation ou de déclassement historique. Il ne faut pas être dupe du relatif succès de ce processus. Les quelques débats télévisés organisés à cette occasion ne pouvaient suffire à extirper cette sensibilité politique de la crise profonde dans laquelle elle se trouve plongée. Loin de susciter un quelconque élan populaire, cette primaire n’a pas permis d’imposer de leadership évident sur cette partie du spectre idéologique ni de dissiper le flou programmatique et stratégique qui traverse le PS et Place publique. Pis, c’est le spectre d’une victoire à la Pyrrhus auquel devra faire face son futur vainqueur.
La France n’échappe pas à la dynamique décliniste qui frappe les forces sociales-démocrates en Europe. Le Parti socialiste n’est plus ce parti hégémonique qui a dominé la gauche depuis la fin des années 1970 jusqu’au début des années 2010. La naissance et le développement de Place publique n’ont pas empêché la montée en puissance de La France insoumise ; loin de là. Partant, la primaire concerne un sous-espace de l’échiquier politique national, et un espace secondaire à gauche. Son assise politique questionne.
D’autant que cet exercice souffre d’un déficit démocratique. Conformément à la volonté de Raphaël Glucksmann et de ses soutiens au sein du PS, le corps électoral est particulièrement restreint : le processus de désignation est ouvert aux seuls adhérent(e)s des partis organisateurs (PS, Place publique et la GRS), ainsi qu’aux citoyens qui s’acquitteront d’un tarif de 15 ou 10 euros (en fonction de leurs revenus). Résultat, la commission d’organisation a annoncé un peu plus de 140 000 inscrits, ce qui est très loin des primaires précédentes (entre 2 et 3 millions inscrits pour la primaire socialiste 2011, entre 1 et 2 millions pour la primaire de gauche 2017).
Le coût du « droit de vote » à la primaire s’apparente à un « cens caché » (pour paraphraser le politiste Daniel Gaxie). Une sélection sociale d’autant plus problématique que les cinq prétendants à la primaire sont également peu représentatifs de la société française. La prééminence d’hommes blancs issus des classes sociales supérieures a pour pendant la sous-représentation des femmes et de citoyens issus des minorités et des quartiers populaires. Un déficit de représentativité nationale qui, en réalité, ne fait que refléter le profil sociologique des électeurs sociaux-démocrates marqué par la désertion des classes populaires et des jeunes. Sur ce dernier point, l’incapacité des candidats à faire montre d’une connexion entre leur démarche personnelle et le mouvement collectif des lycéens nourrit un peu plus ce sentiment de déconnexion.
La primaire, cet outil de sélection politique, a aussi vocation à arbitrer entre différentes incarnations et stratégies politico-électorales, à légitimer le candidat vainqueur et à mobiliser les militants et sympathisants autour d’un projet commun avant la campagne officielle. Or, dans le cas qui nous occupe, cette entreprise est loin d’être acquise. Les débats, souvent tendus, ont agi comme un révélateur de fractures politiques et stratégiques intrafamiliales. Difficile dès lors de créer une dynamique politique au-delà de la sphère sociale-démocrate.
La primaire est un instrument utile et pertinent pour un parti fort qui a vocation à exercer le pouvoir et doit trancher des lignes qui s’opposent en interne. Du point de vue des électeurs, la procédure est d’autant plus mobilisatrice qu’elle produit un présidentiable qui a des chances de l’emporter. Est-elle encore viable et efficace dès lors que la perspective d’une victoire finale semble irréaliste ? Sauf à céder au déni, l’enjeu de la primaire sociale-démocrate réside moins dans la désignation d’un vainqueur potentiel à la présidentielle, que dans la sélection temporaire du leadership au sein de cette famille politique recomposée.
Absent de la primaire, François Hollande reste néanmoins en embuscade et parie sur l’usure du futur vainqueur. Il croit encore en sa bonne étoile, et pourtant… La régression du poids électoral de sa famille politique n’est pas sans lien avec sa dernière expérience élyséenne. Au-delà du slogan lancinant de la trahison de la gauche qui remonte au tournant de la rigueur sous le premier quinquennat de François Mitterrand, les années Hollande (2012-2017) restent associées à une double capitulation face aux dogmes néolibéraux (soit l’abandon relatif des politiques de redistribution des richesses, en faveur des aides aux entreprises) et au discours sécuritaire d’essence droitière. Si aucun candidat à la primaire ne revendique le bilan des couples Hollande-Valls et Hollande-Cazeneuve, le souvenir amer de leur politique pèse sur leur propre crédibilité.
Pire : François Hollande comme Raphaël Glucksmann (grand favori de la primaire, tant celle-ci a été façonnée par lui et pour lui) sont perçus comme liés à Emmanuel Macron, le premier ayant lancé sa carrière politique, le second semblant lui emprunter le pas. Alors qu’ils s’imposent aujourd’hui comme les principales figures de la famille sociale-démocrate française, ils font ainsi l’objet d’un profond rejet par une partie substantielle de la gauche…
◗ Chronique de la bataille culturelle, c’est toutes les semaines, par Béligh Nabli, essayiste et professeur de droit public, et Saïd Benmouffok, professeur de philosophie, conseiller de la ville de Paris (ex-Place publique), pour revenir sur les idées qui font bouger la campagne présidentielle.
Cet article est une carte blanche, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.
Par Béligh Nabli
| # | Наименование новости | Тональность | Информативность | Дата публикации |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Primaire sociale-démocrate : le choix du préférable | 0 | 16.16 | 30-09-2026 |
| 2 | Primaire sociale-démocrate et injonction à utiliser le « génocide » : un problème de toute la gauche | 0 | 7.55 | 06-10-2026 |
| 3 | Qui rêverait d’avoir 16 ans aujourd’hui ? | 0 | 12.98 | 09-10-2026 |
| 4 | Francia, sin alternativas a la ira | 0 | 8.1 | 04-10-2026 |
| 5 | Francia, sin alternativas a la ira | 0 | 8.1 | 04-10-2026 |
| 6 | Meinung: Mit dem Kopf durch die Wand – und die SPD läuft hinterher | Capital+ | 0 | 7.29 | 30-09-2026 |
| 7 | Un adelanto interesado y tardío | 0 | 6.88 | 05-10-2026 |
| 8 | En France, cinq candidats en lice au centre et à droite pour la présidentielle : "C’est quatre de trop" | 0 | 7.85 | 01-10-2026 |
| 9 | Jean-Michel Aphatie : "Mélenchon a une mécanique en tête pour devenir président. Et ça peut marcher" | 0 | 13.05 | 03-10-2026 |
| 10 | Présidentielle 2027 en France : pourquoi tant de candidats ont-ils du mal à financer leur campagne ? | 0 | 9.7 | 05-10-2026 |