L'association Green IT, qui milite pour une tech responsable, publie mercredi un rapport sur l'impact environnemental et sanitaire mondial de l'intelligence artificielle. En Suisse, l'entreprise Infomaniak tente de faire évoluer le secteur avec son IA éthique.
L'association Green IT, qui milite pour une tech responsable, publie mercredi un rapport sur l'impact environnemental et sanitaire mondial de l'intelligence artificielle. En Suisse, l'entreprise Infomaniak tente de faire évoluer le secteur avec son IA éthique.
Radio France
Publié le 30/09/2026 09:37
Temps de lecture : 2min
Armoires de serveurs dans un centre de données à Singapour. (ROSLAN RAHMAN / AFP)
Une autre intelligence artificielle est-elle possible ? En Suisse, on retrouve un modèle de cette tech responsable. Dans les faubourgs de Genève, à un saut de puce de la frontière française, le sous-sol d'un éco-quartier abrite les serveurs d'Infomaniak. C'est le plus gros hébergeur numérique du pays.
Créée en 1994, cette entreprise de 200 salariés s'est construite en contre-modèle aux poids lourds du secteur, comme les américains Meta, Google, OpenAI ou Anthropic. Elle appartient d'ailleurs à une fondation d'utilité publique. Le dernier-né de ses services s'appelle Euria. "C'est l'assistant IA d'Infomaniak. Quand on récupère l'application sur son téléphone mobile, on se retrouve avec un chat. Exactement de la même manière qu'on peut avoir avec Claude ou ChatGPT", explique Thomas Jacobsen, le porte-parole d'Infomaniak.
Sauf qu'Euria est une IA discrète. Elle ne partage pas, ne revend pas les données des utilisateurs, c'est-à-dire toutes les informations que nous confions à l'IA. Infomaniak possède ses propres data centers, tous en Suisse. Et pour garantir cette sécurité des données, elle reprend en version numérique une des grandes spécialités du pays. "Les données qui sont confiées dans Euria sont comme dans un coffre-fort qu'on ne pourrait pas exploiter depuis l'extérieur. La couche logicielle qui est développée par Infomaniak en Suisse ne dépend pas de l'extérieur pour fonctionner", précise-t-il. Aussi, le système de récupération de la chaleur produite par les data centers est ensuite utilisé pour chauffer 6 000 foyers afin de limiter son impact environnemental.
Est-ce que ce genre d'initiative peut influencer le secteur ? La question fait sourire Sihem Amer-Yahia, directrice de recherche au CNRS à Grenoble. Elle connaît bien le fonctionnement de la Big Tech. "C'est organisé, mais sous d'autres cieux que l'éthique", s'amuse-t-elle. C'est presque dans l'ADN des entreprises pionnières, raconte-t-elle. "Le web n'existe pas depuis si longtemps que ça mais il y a une histoire qui a établi que ces entreprises fonctionnent par jurisprudence. Les technologies, les entreprises ont avancé tellement vite qu'il n'y a pas eu de législation pour cadrer l'usage des plateformes. Et donc, la législation se fait par réaction", la chercheuse.
Les grands patrons de la Silicon Valley appellent à réguler le secteur. Ils craignent même de voir l'IA carrément provoquer la fin de l'humanité. Mais pour Jan Fergusson, sociologue à l'INRIA, l'Institut de recherche en sciences du numérique, ces appels ne sont pas vraiment synonymes de réveil éthique. "Le risque existentiel, ça sert un peu de contre-feu à des sujets beaucoup plus réels que sont l'empreinte écologique et la façon dont certains travailleurs sont exploités. Tout ça, les dirigeants de l'IA n'en parlent jamais", dénonce-t-il. Des mastodontes comme OpenAI, le père de ChatGPT, représentent 95% du trafic de l'IA. En face, l'IA Euria ne s'adresse qu'aux francophones inquiets pour leurs données. Dans le monde de l'IA, l'éthique n'est encore qu'une toute petite niche.
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