Réunis pour stimuler la compétitivité industrielle, les ministres européens de l'Économie ont débattu jeudi d'un projet réservant les marchés publics aux produits de l'UE. Un débat marqué par la division entre pays partisans d'un protectionnisme strictet ceux plaidant pour inclure des partenaires alliés. ...
Le ministre fédéral de l'Économie David Clarinval (MR) a plaidé jeudi pour que la préférence accordée aux entreprises européennes dans les marchés publics de l'UE puisse aussi bénéficier à des entreprises de pays tiers qui "respectent les règles".
Les ministres européens de l'Économie se sont réunis pour discuter de la compétitivité de l'industrie, alors que la concurrence chinoise s'intensifie. Ils ont notamment examiné la proposition de la Commission européenne de favoriser les produits fabriqués en Europe dans certains marchés publics, dans le cadre du Industrial Accelerator Act (IAA).
David Clarinval a mis en avant le concept de "made with Europe" à son arrivée à la réunion, plutôt qu'un "made in EU" strict. "On veut aussi travailler avec des partenaires qui sont loyaux. Le Royaume-Uni, la Suisse, le Canada, pourquoi pas la Corée du Sud... ce sont des partenaires qui respectent les règles", a-t-il déclaré. Il propose de garder la liste ouverte et de la faire évoluer en fonction des accords commerciaux.
Les marchés publics représentent 15% de l'économie européenne. La Commission souhaite utiliser cette puissance d'achat pour maintenir ou développer les capacités industrielles locales. Les marchés publics ainsi que les aides d'État seraient liés à une obligation de production au sein de l'UE. Sa proposition vise dans un premier temps les secteurs de l'acier, du ciment, de l'aluminium, de l'automobile et des technologies bas carbone.
L'enjeu est de savoir jusqu'où pousser cette préférence européenne sans engendrer de hausse des coûts ni trop fermer le marché. La ministre allemande de l'Économie Katherina Reiche a également plaidé pour un "Made with Europe", citant la Norvège, la Suisse et le Canada comme partenaires potentiels. Selon elle, l'Europe doit rebâtir sa puissance industrielle et technologique, notamment dans les semi-conducteurs, tout en conservant une ouverture commerciale avec des pays alliés.
À l'inverse, le ministre français chargé de l'Industrie, Sébastien Martin, adopte une approche plus restrictive, appelant à orienter l'argent public européen vers "les usines et les ouvriers européens", notamment dans des filières comme l'automobile, où les chaînes de valeur sont fortement intégrées au niveau européen. Il a rappelé que le texte concernait les marchés publics et non les échanges commerciaux: il ne prévoit pas de droits de douane et ne constitue donc pas, selon lui, un texte de fermeture.
S'il vise principalement à répondre à la concurrence chinoise, le texte suscite aussi des inquiétudes chez certains partenaires commerciaux de l'UE. Pékin a dénoncé le caractère discriminatoire du projet et évoqué de possibles contre-mesures. Au Royaume-Uni, le Premier ministre Andy Burnham a lui aussi mis en garde contre les dommages que pourrait causer une préférence européenne à l'industrie britannique, notamment dans l'automobile. Il a défendu l'accès du Royaume-Uni au dispositif lors de sa rencontre mardi à New York avec la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, faisant valoir l'étroite intégration des chaînes de valeur entre les deux rives de la Manche.
Les chefs d'État et de gouvernement souhaitent voir aboutir l'Industrial Accelerator Act d'ici la fin de l'année. La présidence irlandaise du Conseil cherche à rapprocher les positions des États membres. Elle espère parvenir à un compromis d'ici la prochaine réunion le 3 décembre. "Je suis convaincu que nous pouvons progresser, car on voit émerger des points de convergence", a déclaré le ministre irlandais des Entreprises Peter Burke.
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