Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a évoqué des agressions coordonnées à Nice et Montpellier, samedi. Des individus d’ultra droite s’en sont pris aux manifestants dans toute la France.
Des manifestants rassemblés à Lyon le 24 octobre contre la vie chère et en soutien aux étudiants. Un groupe nationaliste a été répéré pendant la journée en train de manifester dans une zone interdite. ANTOINE BOUREAU / HANS LUCAS VIA AFP
Des cortèges pris pour cible. Ce samedi 24 octobre, « dans plusieurs villes dont Nice, Montpellier, Nancy, et encore une dizaine d’autres, des groupes de militants d’ultradroite (…) se sont donné pour mission de protéger les commerces et plus fréquemment, en réalité, ont cherché l’affrontement avec les militants d’ultragauche », a commenté le ministère de l’Intérieur auprès de l’AFP ce dimanche en fin d’après-midi, évoquant la circulation sur les réseaux sociaux de vidéos devenues virales. La présidente du groupe La France insoumise (LFI) à l’Assemblée nationale, Mathilde Panot, avait affirmé plus tôt ce dimanche, dans l’émission « Franc-Jeu » sur France 2, que des groupuscules d’extrême droite ont provoqué des incidents violents dans au moins 14 villes à travers la France, appelant à « les arrêter ».
Ces déclarations interviennent dans la foulée d’une nouvelle journée de mobilisation en soutien aux lycéens et contre la vie chère, qui a rassemblé 410 000 personnes selon l’Intérieur et 800 000 selon les organisations syndicales. Des cortèges qui se sont déroulés dans un climat globalement plus apaisé que la semaine précédente, le 17 octobre, marqué par de multiples pillages et exactions.
• Nice : affrontements dans la vieille villeA Nice, selon la préfecture des Alpes-Maritimes, « une centaine de militants d’ultradroite masqués » ont convergé samedi vers le centre-ville pour « affronter physiquement les manifestants ». Malgré l’intervention des forces de l’ordre pour empêcher les deux groupes d’entrer en contact, des affrontements ont éclaté près du Vieux-Nice, faisant trois blessés légers.
Le parquet de Nice a annoncé dimanche que 59 personnes avaient été placées en garde à vue, dont 11 individus susceptibles d’appartenir à la mouvance d’ultradroite. Une enquête a été ouverte, confiée au service local de police judiciaire, a précisé le procureur de la République Damien Martinelli. Sur des images diffusées par la presse locale, on voit des hommes en noir masqués se ruer sur des manifestants visiblement non-violents.
Parmi les 59 personnes placées en garde à vue samedi à la suite des manifestations, principalement pour « participation à un groupement en vue de la commission de faits de violences », figurent 11 individus susceptibles d’appartenir à la mouvance d’ultra-droite, a indiqué le parquet, selon qui « certains étaient en possession de masques, gants, gazeuses et matraques. Sur ces 11 individus, 5 sont déjà connus des services de police ».
Le maire de Nice Eric Ciotti, allié du Rassemblement national (RN), a condamné « avec la plus grande fermeté » les agressions commises par des militants d’ultradroite contre les manifestants, estimant que leurs auteurs devaient répondre de leurs actes devant la justice.
• Montpellier : une « milice » selon le maireÀ Montpellier, une vingtaine de personnes ont tenté à plusieurs reprises d’affronter les manifestants, selon France 3 Occitanie. Des images diffusées par un photographe indépendant montrent plusieurs hommes frappant des manifestants en présence des forces de l’ordre, qui ne seraient intervenues qu’après une riposte de ces derniers.
Le média local ToutMontpellier rapporte que le groupe impliqué dans les affrontements portait des foulards blancs et pourrait être lié à Alpharise, une initiative née après les pillages du 17 octobre, officiellement destinée à protéger les commerçants. Cette initiative citoyenne revendique le mot d’ordre « zéro violence, zéro provocation ».
Le maire de Montpellier, Michaël Delafosse, a dénoncé une « milice d’extrême droite » ayant fait « usage de la force contre des manifestants ». Il a annoncé dimanche son intention de saisir le procureur de la République après avoir reçu plusieurs vidéos des violences.
• Rouen : agressions de militants identitairesA Rouen, le média Blast rapporte des agressions contre des manifestants attribuées à des militants identitaires qui, selon l’enquête du webmédia, seraient issus du groupe Entraide Citoyenne Rouen.
Selon la préfecture de Seine-Maritime, 30 personnes ont été interpellées pour des faits notamment liés au port d’armes, à la participation à des groupements et à la dissimulation du visage. Trois personnes ont été légèrement blessées, dont un policier.
• Nancy : charges et jets de projectiles« L’Est républicain » fait état d’un bref incident à Nancy, vers 15h30 samedi, rue d’Amerval : une dizaine d’individus, pour la plupart masqués et portant des brassards blancs, se présentent comme des « anti-casseurs » et ont maille à partir avec des manifestants. Perçus comme des militants d’extrême droite, ils sont hués et chassés du cortège. Le quotidien a publié une photographie de la scène.
Europe 1 rapporte également, d’après une source policière, un affrontement avec un groupe d’extrême droite à Nancy. « Libération » évoque des vidéos montrant « un groupe d’une trentaine de militants cagoulés charger le cortège » au niveau de la rue du Pont-Mouja, dans le centre-ville, en lançant des projectiles sur les manifestants. Un second groupe muni de brassards blancs aurait tenté de s’en prendre aux manifestants près du parc de la Pépinière, près de la place Stanislas.
• Lyon : slogans dans une zone interditeÀ Lyon, un groupe d’une douzaine de jeunes hommes au visage dissimulé a été aperçu par l’AFP, scandant des slogans nationalistes tels que « la rue, la France, nous appartient » dans la presqu’île, pourtant interdite à tout cortège ou attroupement.
Le quotidien régional « le Progrès » rapporte également des témoignages faisant état de saluts nazis, évoquant des images que la préfecture du Rhône a indiqué examiner. Selon le quotidien, une trentaine de militants cagoulés et vêtus de noir ont défilé avenue de Saxe et près de la place Louis-Pradel.
• Ailleurs en FranceLe quotidien « Libération » annonce ce dimanche avoir obtenu confirmation de la présence de « milices » dans au moins seize villes, citant également Lille, Nantes, Rennes, Dijon, Bordeaux, Bayonne, Tours, Toulouse, Caen, Clermont-Ferrand, Bordeaux et Brest.
Certaines images consultées par « Libération » montrent des attaques qui se déroulent « sous les yeux de forces de l’ordre, qui restent passives voire mènent des charges en complément des jets de projectiles de ces militants d’extrême droite ».
RéactionsCes incidents ont suscité des réactions de plusieurs responsables politiques, qui ont notamment interrogé l’attitude des forces de l’ordre face aux militants d’ultradroite. « Comment est-il possible que ces milices aient pu tranquillement traverser une ville avec un dispositif policier hors norme ? (…) Qu’en dit le ministre de l’Intérieur ? », s’est interrogé dimanche sur franceinfo Clémentine Autain, députée du mouvement L’Après. Le député LFI Thomas Portes a, pour sa part, dénoncé une « connivence entre les CRS et les militants fascistes », tandis que son collègue Raphaël Arnault a mis en cause une supposée « complaisance » des forces de l’ordre.
Dans les villes citées, « les forces de l’ordre sont généralement intervenues, soit pour disperser ces groupes, soit pour éviter des affrontements entre les groupes antagonistes », a défendu le ministère de l’Intérieur. « Les militants d’ultradroite n’ont pas systématiquement été interpellés dans le contexte très dur de gestion de l’ordre public ».
Par Service Actu
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