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Autorité palestinienne : corruption de l’autorité ou autorité de corruption?

Дата публикации: 12-10-2026 13:52:07

Un an après la reconnaissance de l’État de Palestine par Emmanuel Macron, une interrogation demeure : quel État la France a-t-elle reconnu, et quelles institutions sont appelées à en exercer effectivement l’autorité ? ...

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Une opinion d'Anas Emmanuel Faour, philosophe et ingénieur, ancien professeur en Syrie, ancien secrétaire général de l'Union générale des étudiants de Palestine

Il y a maintenant un an, le 22 septembre 2025, Emmanuel Macron reconnaissait l'État de Palestine. À la tribune des Nations unies, il insistait également sur la nécessité d'une profonde rénovation de la gouvernance palestinienne. Un an plus tard, une interrogation fondamentale demeure : quel État la France a-t-elle reconnu, et quelles institutions sont appelées à en exercer effectivement l'autorité ?

Car derrière la question des frontières existe une autre réalité : celle d'un système politique marqué par la concentration prolongée du pouvoir, l'affaiblissement des contre-pouvoirs et l'opacité entourant les mécanismes de nomination. Dès lors s'impose une question volontairement provocatrice : sommes-nous face à une corruption de l'autorité ou, progressivement, à une autorité de corruption ?

Clientélisme, conflits d'intérêts et opacité

Une "autorité de corruption" désignerait un système dans lequel clientélisme, conflits d'intérêts et opacité ne constitueraient plus seulement des dérives, mais participeraient aux mécanismes mêmes de distribution des postes, des ressources et du pouvoir.

La corruption peut notamment prendre la forme de la "wasta", l'utilisation des relations personnelles, familiales ou politiques pour obtenir un emploi, une promotion ou un service. Dans une enquête portant sur 2022, Aman, la Coalition palestinienne pour l'intégrité et la responsabilité, indiquait que 44 % des personnes interrogées ayant eu recours à une institution publique pour obtenir un service reconnaissaient avoir dû recourir au patronage ou à la "wasta". Par ailleurs, 24 % considéraient le favoritisme et le patronage comme les formes de corruption les plus répandues.

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Il faut également parler de corruption financière et de protection des deniers publics. Pour l'exercice 2023, Aman relevait que le budget palestinien avait été adopté tardivement, sans véritable débat avec les citoyens et la société civile, puis publié sous une forme abrégée. Lorsque la transparence demeure insuffisante, une question s'impose : qui contrôle ceux qui disposent de l'argent de la collectivité ?

Le recrutement est tout aussi sensible. Selon le rapport 2025 d'Aman, 84 nominations et 46 promotions ont concerné des postes supérieurs civils et sécuritaires, tandis que 41 nominations et promotions concernaient des ambassadeurs et des consuls. Aman affirme que le patronage et les nominations fondées sur la loyauté politique ont persisté malgré les réformes annoncées.

Au-delà de la corruption

Derrière ces chiffres se pose une question politique incontournable : selon quels critères, quelles procédures et avec quelles garanties d'impartialité ces responsabilités ont-elles été attribuées ?

Si ce constat est établi, il ne s'agit plus d'un simple dysfonctionnement administratif. Une fonction publique ne peut devenir un système de récompense où la fidélité au pouvoir l'emporte sur la compétence et où les postes de responsabilité deviennent une monnaie politique.

Aucun État ne peut exercer pleinement sa souveraineté tant qu'une organisation armée conserve une force militaire autonome et échappe au contrôle des institutions.

Le problème dépasse cependant la corruption. Depuis la rupture entre le Fatah et le Hamas en 2007 et la paralysie du Conseil législatif palestinien, l'absence d'un Parlement pleinement opérationnel a affaibli le contrôle de l'exécutif. Sans élections nationales régulières ni contre-pouvoir parlementaire effectif, qui demande réellement des comptes à ceux qui gouvernent ?

Les attaques terroristes du 7 octobre 2023 commises par le Hamas ont brutalement aggravé cette crise. Elles ont aussi rappelé une exigence fondamentale : aucun État ne peut exercer pleinement sa souveraineté tant qu'une organisation armée conserve une force militaire autonome et échappe au contrôle des institutions.

Il ne peut durablement y avoir deux autorités et deux pouvoirs armés concurrents sur un même territoire. Soit l'État détient le monopole de la force publique et impose la primauté de la loi, soit sa souveraineté demeure incomplète.

Des institutions transparentes

Reconnaître un État ne suffit donc pas. Encore faut-il qu'il puisse contrôler ses forces de sécurité, imposer la loi à toutes les factions et empêcher que son territoire soit utilisé pour attaquer Israël. La sécurité d'Israël constitue ainsi l'une des données concrètes dont dépend la viabilité d'une solution à deux États.

Emmanuel Macron avait lui-même lié la reconnaissance au renouvellement de l'Autorité palestinienne, au désarmement du Hamas, à son exclusion de la gouvernance future et à une profonde rénovation de la gouvernance palestinienne.

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Nous revenons alors à la question centrale : corruption de l'autorité ou autorité de corruption ?

Un an après la reconnaissance française, l'enjeu est désormais de savoir si l'État palestinien pourra disposer d'institutions transparentes, responsables et souveraines, capables de garantir les droits des Palestiniens comme la sécurité d'Israël.

Car reconnaître un État ne suffit pas à le construire. La souveraineté exige aussi de pouvoir demander des comptes à ceux qui gouvernent en son nom.


Les textes qui paraissent dans la rubrique Débats sont des contributions externes, qui n'engagent pas la rédaction.

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