Et si quelques clics suffisaient à vérifier l’authenticité d’un document ? Dix pays européens veulent faire de cette promesse une réalité. ...
Un employeur belge reçoit le diplôme d'un candidat formé à l'étranger. Comment vérifier qu'il est authentique ? Même principe pour une entreprise qui veut retracer l'origine d'une batterie électrique. À chaque fois, il faut pouvoir se fier aux informations transmises, parfois d'un pays à l'autre.
Dix pays européens, dont la Belgique, veulent justement faciliter ces vérifications. Ils lancent officiellement, ce jeudi 22 octobre à Bucarest, EBSI (pour "European Blockchain Services Infrastructure"), une infrastructure numérique commune. Sa gestion a été confiée à Europeum, un consortium installé à Bruxelles et dirigé par Xavier Juredieu. "On est dans un monde qui se digitalise. L'enjeu majeur, c'est la confiance. Est-ce que je peux faire confiance aux éléments qu'on me communique ? Aujourd'hui, on peut falsifier beaucoup d'attestations", lance-t-il d'emblée à La Libre.
guillement"Aucune donnée personnelle n'est ancrée sur la blockchain. La blockchain ne crée que des preuves."
Pour ce projet, les dix pays ont choisi une technologie qui traîne parfois une réputation sulfureuse : la blockchain, surtout connue pour les cryptomonnaies. "On est aux antipodes de cela. Nous, on est dans une logique d'autorité gouvernementale, de contrôle, de transparence et pas de spéculation. Toutes les blockchains ne se ressemblent pas", indique Xavier Juredieu. L'idée ici, c'est celle d'un grand registre commun. Lorsqu'un organisme délivre un document, il peut y inscrire une preuve numérique. Un autre acteur pourra ensuite vérifier que ce document vient bien de la bonne source et qu'il n'a pas été modifié.
Il n'y a jamais eu autant de brevets déposés en Europe : mais pourquoi la Belgique recule ?Prenons l'exemple d'un diplôme. Avec cette infrastructure, un employeur belge pourrait en contrôler l'authenticité sans devoir contacter directement l'université étrangère qui l'a délivré. Et les informations personnelles du diplômé ? "Aucune donnée personnelle n'est ancrée sur la blockchain. La blockchain ne crée que des preuves", détaille le directeur d'Europeum.
Autre utilité, la traçabilité des produits. Pour une batterie automobile, par exemple, plusieurs entreprises interviennent avant l'assemblage final. EBSI pourrait permettre de vérifier les informations transmises à chaque étape. À terme, un consommateur pourrait aussi scanner un QR code sur un vêtement pour en contrôler l'authenticité, comme le permettent déjà certains projets privés.
En Belgique, encore des projets à concrétiserSur le papier, le projet est donc prometteur. Mais avant de pouvoir vérifier son diplôme ou l'origine d'un produit en quelques clics, il faudra encore patienter. Car si le réseau fonctionne déjà depuis avril, les applications concrètes restent à développer. Pour l'instant, les organisations peuvent tester un premier service de vérification de documents. D'autres fonctionnalités sont attendues en 2027.
guillement"Pour le contribuable, au lieu que chacun construise sa propre petite infrastructure, on mutualise."
Et la Belgique dans tout ça ? Notre pays occupe une place particulière puisqu'il accueille le siège d'Europeum, tandis que le SPF BOSA, le service fédéral chargé notamment de la transformation numérique de l'administration, participe au consortium. Mais aucun service destiné au grand public n'a encore été annoncé chez nous. "Il y a des sujets en discussion mais je ne veux pas les dévoiler ici", reconnaît Xavier Juredieu. Celui-ci espère néanmoins voir rapidement émerger un premier projet belge. "Ce que j'attends, c'est que la Belgique ait un cas d'usage concret dans le secteur public, qui puisse montrer aux autres ce qu'ils peuvent en tirer."
Adoption de l'IA : la Belgique se classe dans le top 5 européenEncore faudra-t-il convaincre les entreprises et les administrations de franchir le pas. Et pour cela, la question du prix risque de peser dans la balance. Xavier Juredieu évoque un coût très faible pour chaque opération effectuée sur le réseau, sans pour autant avancer de montant précis. Il insiste surtout sur l'intérêt de partager les frais entre plusieurs pays. "Pour le contribuable, au lieu que chacun construise sa propre petite infrastructure, on mutualise."
Le consortium ne compte d'ailleurs pas s'arrêter aux dix États fondateurs (Chypre, la Grèce, l'Italie, le Luxembourg, la Pologne, le Portugal, la Roumanie, la Slovénie et l'Espagne). Son directeur espère convaincre l'ensemble des pays européens de rejoindre l'aventure d'ici à deux ans.
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