L’auteur de “Faire mouche”, publié chez Minuit depuis son premier roman, se souvient d’Irène Lindon, disparue l’an dernier.
L’auteur de “Faire mouche”, publié chez Minuit depuis son premier roman, se souvient d’Irène Lindon, disparue l’an dernier.
“Page six, vous écrivez ‘doucement’. Cet adverbe me semble inutile, objecta-t-elle.
Ah oui, dis-je.
Page sept, enchaîna-t-elle, la virgule de la troisième ligne est mal placée.
C’est vrai, reconnus-je.”
C’est un court texte où, comme toujours, Vincent Almendros fait dans la dentelle. Pas d’envolée lyrique, de flagornerie gratuite ou d’épanchement gênant dans cet hommage ému. L’auteur trouve les mots justes pour nous décrire sa relation avec celle qui a été son éditrice, et qui a contribué à faire de lui l’écrivain qu’il est aujourd’hui.
Fille du directeur des Éditions de Minuit Jérôme Lindon, Irène Lindon avait en 2001 pris la direction de la maison jusqu’en 2021 quand, préparant sa succession, elle l’avait cédé au groupe Gallimard. En vingt ans, elle a su accueillir d’excellentes nouvelles signatures dans sa prestigieuse écurie, dont Vincent Almendros. Elle s’est éteinte en 2025 à l’âge de 76 ans.
Un jugement sûr et des intuitions génialesAvec l’humour subtil qui le caractérise, Vincent Almendros ici fait ressurgir une voix, un ton lapidaire, se remémore des conversations qui révèlent un jugement sûr et des intuitions géniales. Une méthode de travail se dessine, portée par une exigence rare et un sens aigu de la précision. L’auteur de Sous la menace (2024) ne raconte pas tant Irène Lindon qu’une certaine vision du métier d’éditeur·rice : une capacité à faire émerger la singularité d’une plume et permettre ainsi la naissance d’un·e romancier·ère.
En miroir, l’auteur raconte aussi l’histoire de son parcours, depuis sa découverte de Jean-Philippe Toussaint et sa rencontre avec Irène Lindon, dans le petit bureau encombré au troisième étage du 7 rue Bernard-Palissy à Paris. L’éditrice venait de lire le manuscrit de son premier roman, Ma chère Lise (2011). Parmi les anecdotes qu’il retient de leur compagnonnage, Almendros se souvient qu’une seule remarque d’Irène Lindon sur un de ses manuscrit a pu lui révéler le sens caché de son propre texte, et lui permettre d’aller au bout d’un projet littéraire.
Signé Irène de Vincent Almendros, aux Éditions de Minuit, 144 p., 14,50 €.