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Le déluge de feu des Houthis affaiblit le royaume saoudien: "C'est un revers stratégique conséquent pour l’Arabie saoudite, en particulier pour MBS"

Дата публикации: 16-10-2026 04:30:51

Pour Riyad, qui ne compte plus ses infrastructures stratégiques touchées, la montée en puissance de la milice yéménite est encouragée par l'Iran. ...

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Aéroports, raffineries, oléoducs et autres infrastructures portuaires, l'Arabie saoudite affronte un déluge de feu inédit depuis plus d'une semaine. Chaque jour, des missiles et des drones appartenant aux Houthis du Yémen, appuyés par l'Iran, sont projetés contre des cibles stratégiques du royaume arabe. Même l'aéroport international de la capitale Riyad, par où transite l'importante main-d'œuvre étrangère qui alimente l'économie saoudienne, s'est vu contraint de fermer ses portes cette semaine après une attaque meurtrière samedi dernier – dans laquelle treize personnes ont perdu la vie. Et même fermé, il a subi une nouvelle attaque ce mardi…

Tout un symbole pour la première économie du Moyen-Orient, le siège de la puissante compagnie nationale pétrolière Aramco, à Dharan (dans l'Est), a vu l'un de ses bâtiments opérationnels endommagé mardi par un projectile qui a causé un incendie – limité selon les autorités saoudiennes. L'incident constitue une preuve supplémentaire de la détermination des combattants yéménites à malmener l'Arabie saoudite, qui a annoncé jeudi voir derrière cette escalade la main de l'Iran.

"Les Houthis, qui attaquent avec force le territoire saoudien, savent comment faire très mal au Royaume en visant avec une très grande précision les infrastructures vitales pour son économie", explique la politologue Fatiha Dazi-Héni, chercheuse à l'Institut de recherche stratégique de l'École militaire (Irsem) et enseignante à SciencePo Lille. Pour cette spécialiste de la Péninsule arabique, "il s'agit d'un revers stratégique extrêmement conséquent pour l'Arabie saoudite, et en particulier pour le prince héritier Mohammed ben Salmane. Ce retour de bâton rappelle l'erreur stratégique fatale, une erreur d'amateur, qu'il a commise il y a un peu plus d'onze ans, en mars 2015, quand il a déclenché la guerre contre eux".

Attaques houthistes en représailles aux bombardements saoudiens

Les Houthis, qui contrôlent une grande partie du Yémen depuis une décennie, ont promis de mener d'autres attaques sur des cibles situées en territoire saoudien. Ils considèrent leur campagne de bombardements comme "légitime", indiquant mener celle-ci en "représailles" aux frappes saoudiennes au Yémen. Ces dernières sont opérées dans le cadre de la coalition arabe créée en 2015 par Riyad en appui au gouvernement reconnu du Yémen confronté déjà à l'insurrection des Houthis. Cette coalition, qui a la maîtrise du ciel yéménite, a repris du service ces dernières semaines après quatre ans de trêve. Elle appuie notamment la contre-offensive annoncée le 4 octobre par les forces armées régulières pour reprendre le contrôle souverain du Yémen aux Houthis.

Les forces armées yéménites ont lancé une vaste opération contre les Houthis

Les autorités saoudiennes, qui ont d'abord tenté de minimiser des dommages pourtant conséquents, ont reconnu lundi que le pays était "mis à l'épreuve" par ces attaques, tant dans "ses infrastructures, ses institutions, ses équipes et sa résilience" selon les mots du ministre de l'Énergie, Abdelaziz ben Salmane (le frère du prince héritier, MBS). Les paralysies successives de l'oléoduc est-ouest (Petroline) résument à elles seules la pression mise par les insurgés yéménites et les milices irakiennes sous influence de Téhéran. Il s'agit d'empêcher le Royaume, premier exportateur mondial de brut, de transférer ses millions de barils de pétrole vers les marchés étrangers en contournant le détroit d'Ormuz, toujours verrouillé par l'Iran. "Il y a des convergences d'intérêts entre l'Iran et les Houthis pour affaiblir l'Arabie aujourd'hui", estime Mme Dazi-Héni, soulignant le lien entre la guerre d'Iran et la guerre du Yémen.

Des dégâts importants malgré des systèmes de défense coûteux

Même si le Riyad annonce abattre des missiles et des drones ennemis, l'ampleur des dégâts causés aux infrastructures du Royaume suggèrent que ni sa stratégie défensive ni ses coûteux systèmes de défense anti-aérienne ne peuvent lui assurer un niveau de sécurité confortable. "Ce qui a fait la résilience de l'Arabie saoudite pendant la guerre d'Iran fait paradoxalement aujourd'hui sa vulnérabilité face aux Houthis. Ceux-ci sont beaucoup plus proches du territoire saoudien que les Iraniens ne le sont. Et puis, il y a une connaissance intime (entre eux) de longue date", souligne la chercheuse. En outre, "l'Arabie saoudite est un pays immense, avec une superficie de plus trois fois celle de la France. Il est difficile de savoir ce qui va être pris pour cible".

Au-delà des aéroports ou des raffineries, elle évoque le scénario d'attaques sur des usines de dessalement, voire sur des lieux symboliques, emblématiques du pouvoir des Saoud. "Là, ce serait vraiment terrible", dit-elle, rappelant que "l'ennemi déclaré des Houthis, c'est le régime saoudien". D'après elle, "l'Arabie saoudite n'a aujourd'hui aucune bonne option. Mettre un terme immédiatement à la guerre face aux Houthis voudrait dire qu'elle négocie à la baisse par rapport à la trêve de 2022. Ce serait très cinglant, et même dangereux, pour la position de Mohammed ben Salmane dans son pays. Et défendre sa souveraineté après avoir subi des dommages très importants serait légitime mais jusqu'à quel point ?".

Arabie saoudite: quatre blessés à Ryad et un site administratif d'Aramco touché à Dammam

Nidal Shoukeir, spécialiste de la région et enseignant en communication stratégique et relations gouvernementales à Paris, pointe quant à lui un dilemme similaire auquel Riyad fait face: "Une riposte massive pourrait entraîner une escalade régionale difficile à maîtriser, mais une retenue prolongée sans dissuasion crédible risque d'encourager de nouvelles pressions".

Des alliances sécuritaires mises à l'épreuve

Allié historique de l'Arabie saoudite, les États-Unis privilégient une position attentiste du fait de leur guerre contre l'Iran, qui a considérablement amenuisé leurs stocks de munitions. "L'Amérique est très contrainte et ne veut pas s'engager sur un autre front", affirme Fatiha Dazi-Héni, rappelant que Donald Trump avait déjà lancé "une campagne de bombardements très dure" contre les Houthis entre mars et mai 2025. Le refus que Washington a opposé récemment à chaque demande d'aide saoudienne a poussé Riyad à se tourner vers d'autres partenaires pour assurer sa sécurité. Le Royaume a ainsi conclu un pacte de défense conjointe avec la Turquie et le Pakistan, début août à La Mecque. Mais les objectifs et la mise en œuvre de celui-ci restent flous.

Pour Nidal Shoukeir, cette crise met à l'épreuve la crédibilité des alliances saoudiennes. "Les États-Unis, comme la Turquie et le Pakistan, défendent leurs propres intérêts et n'interprètent pas nécessairement leurs partenariats avec Riyad comme un engagement automatique à intervenir militairement", relève-t-il. Islamabad a bien décidé d'envoyer des troupes en territoire saoudien mais n'envisage pas leur confier un rôle offensif. "L'enjeu pour Riyad est double : rétablir une dissuasion crédible et vérifier si ses alliances constituent de véritables garanties de sécurité ou restent avant tout des partenariats politiques et militaires."

Une croissance arrêtée et un projet de diversification perturbé

Si elles menacent les infrastructures stratégiques du royaume saoudien, les attaques des Houthis mettent aussi à mal le projet de diversification économique porté par MBS. Baptisé Vision 2030, celui-ci doit permettre à Riyad de moins dépendre des industries liées au pétrole, en misant notamment sur les technologies, le tourisme d'affaires et de loisirs. Cette transformation porte déjà des fruits: "Le Royaume dépend désormais à 60% des revenus pétroliers alors que c'était 80% avant 2015", constate Mme Dazi-Héni. Il n'en reste pas moins que "ce projet dépend de la confiance des investisseurs, de la sécurité des infrastructures et de la capacité du royaume à garantir la stabilité de son territoire", observe M. Shoukeir. En conséquence, "la priorité n'est pas simplement de mettre fin à une séquence d'attaques mais de mettre fin au cycle qui les rend possibles. La réussite du modèle saoudien exige une sécurité durable", souligne ce spécialiste de la région.

"La sécurité énergétique (du Royaume) ne peut être considérée comme acquise", a reconnu cette semaine le ministre de l'Énergie. Un aveu lourd de sens pour un pays qui rêve de transformation et qui a récemment dû rétrograder dans le financement de son projet de ville futuriste, Neom (nord-ouest). Et la contraction du PIB saoudien prévu pour 2026 (-3,3 %) calculé ce mois-ci par le FMI – alors que l'indice était encore positif cet été – reflète le peu d'optimisme qu'une solution au conflit survienne à court terme.

Pourtant, le forum annuel d'investissement (surnommé le "Davos du désert"), qui soutient la Vision 2030 et doit se dérouler à Riyad du 26 au 29 octobre, est maintenu dans un format hybride mêlant présentiel et distanciel. Pour combien de temps ? Le sommet prévu deux jours plus tôt dans la capitale saoudienne entre l'Union européenne et le Conseil de coopération du Golfe a quant à lui été reporté.

Sous pression de toute part, l'Arabie saoudite goûte à l'affront d'un isolement imprévu, tant au plan sécuritaire que commercial

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