Après son allocution sur les manifestations du 17 octobre, le président de la République a quitté le pays pour poursuivre ses efforts diplomatiques censés aider à la baisse des prix à la pompe.
Politique 21/10/2026 13:10 Actualisé le 21/10/2026 14:06
Après son allocution sur les manifestations du 17 octobre, le président de la République a quitté le pays pour poursuivre ses efforts diplomatiques censés aider à la baisse des prix à la pompe.
Par Jade Toussay avec AFP

BENOIT TESSIER / AFP
Emmanuel Macron, ici le 21 octobre 2026 lors de son déplacement dans les pays du Golfe sur fond de crise des carburants.
À croire que lui président ferait tout différemment. Édouard Philippe a étrillé ce mercredi 21 octobre le choix d’Emmanuel Macron de maintenir son déplacement dans les pays du Golfe, malgré la profonde contestation sociale qui traverse la France et a connu son apogée le 17 octobre. Des critiques très peu appréciées au sommet de l’État.
Le président de la République s’est envolé dimanche soir pour la région du Golfe, un déplacement prévu de longue date et qui visait notamment à sécuriser des volumes de carburant et, espère l’exécutif, faire baisser les prix à la pompe. Mais pour son aspirant successeur Édouard Philippe, le maintien de cette tournée n’est pas la décision « la plus opportune ».
« Je ne suis pas sûr que ça ait été compris par les Françaises et les Français », a dit sur France 2 l’ancien Premier ministre, désormais candidat Horizons à l’élection présidentielle. « Je pense que la décision du président de la République de quitter le territoire, à ce moment-là, n’était pas la plus opportune », a-t-il ajouté. Il a également regretté que le chef de l’État se soit exprimé à la télévision dimanche soir alors que des pillages étaient encore « en cours », « qu’on annonce finalement pas grand-chose et qu’on confirme qu’on va partir du territoire ».
Hollande pointe un « président de la République absent »Édouard Philippe avait déjà réagi très sèchement dimanche à l’allocution du président, disant qu’il aurait « préféré (...) des décisions et des initiatives permettant le retour à l’ordre et le rétablissement de l’autorité de l’État, la sanction des pilleurs et des casseurs ainsi qu’une méthode détaillée pour rétablir la discussion avec les lycéens et les organisations syndicales », et affirmant que le pays avait « besoin d’être commandé ».
Au-delà du maire du Havre, l’attitude du président de la République a aussi été jugée sévèrement par son prédécesseur à l’Élysée François Hollande. Sur France Inter ce mercredi, l’ex-chef d’État socialiste a fustigé « un président de la République absent », « un gouvernement faible » et « des ministres qui n’ont pas nécessairement d’expérience ». « Il y a eu sûrement un manque d’expérience par rapport à ce qu’est une grande manifestation ou une colère sociale », a jugé celui dont le mandat a notamment été marqué par l’importante mobilisation contre la loi Travail de 2016.
« Dans son rôle », Macron « assume » et justifie son déplacementLe retour d’Emmanuel Macron en France est prévu en fin de journée ce mercredi. Interrogé sur les critiques de son ancien Premier ministre en marge d’une conférence de presse, le président de la République a défendu son action sur les débordements. « Nous avons analysé la situation le dimanche. Je n’étais pas content de ce qu’il s’est passé, j’ai exprimé ma forte réprobation. J’ai réuni le Premier ministre et les ministres compétents, j’ai pris des décisions et donné des instructions » qui sont en cours d’exécution a-t-il insisté, tout en appelant à « aborder ces situations avec calme et détermination ».
Il a aussi justifié sa décision de maintenir son déplacement, expliquant être « dans son rôle » de chef de l’État. « J’ai décidé de le maintenir d’abord parce qu’il ne doit pas y avoir de fébrilité au sommet de l’État. Ensuite parce que nous avons besoin de ce que nous sommes en train de faire pour les Français dans les semaines et mois qui viennent. Donc j’assume totalement d’avoir maintenu ce qui était prévu », au nom de « l’image de la France dans cette région » et des retombées espérées de ces actions à l’international pour le porte-monnaie des ménages. Selon lui, les décisions prises sur la libération et la sécurisation des stocks ainsi que les engagements pris par Total vis-à-vis du gouvernement devrait aboutir à une baisse des prix à la pompe « début novembre ».
« Mon devoir c’est d’être ferme dans les décisions et qu’elles soient ensuite appliquées par le gouvernement. Le président de la République, ce n’est pas le Premier ministre ni les ministres ni les forces de sécurité intérieures. (...) Je suis dans mon rôle, je suis à ma tâche », a-t-il poursuivi. Avant de conclure sèchement : « Il y a beaucoup de gens pour commenter, très peu pour prendre leurs responsabilités. Moi je les prends. » Pas de quoi améliorer les relations avec Édouard Philippe, notoirement fraîches depuis que le maire du Havre avait souhaité à demi-mot une démission anticipée du chef de l’État.