À deux jours d’une journée de mobilisation contre la vie chère, Sébastien Lecornu a annoncé hier une enveloppe de 500 à 700 millions d’euros pour l’agriculture en 2027. Mais le Premier ministre a surtout durci le ton...
l'essentiel À deux jours d’une journée de mobilisation contre la vie chère, Sébastien Lecornu a annoncé hier une enveloppe de 500 à 700 millions d’euros pour l’agriculture en 2027. Mais le Premier ministre a surtout durci le ton face au mouvement lycéen, dénonçant une multiplication des violences et redoutant de nouveaux affrontements samedi. Une intervention destinée à éviter que les différentes colères sociales ne convergent.
Sans doute Sébastien Lecornu a-t-il pris conscience que sa dernière prise de parole, le 7 octobre, avec ses annonces sur le diesel sans apporter de réponse concrète au mouvement lycéen, n’était pas à la hauteur des inquiétudes et de la colère.
Alors ce jeudi, à l’heure du déjeuner, après une réunion avec les syndicats agricoles, le Premier ministre a improvisé une conférence de presse, flanqué de trois de ses ministres, Annie Genevard (Agriculture), Serge Papin (Commerce) et Monique Barbut (Écologie). Une intervention devant les journalistes pour, d’évidence, tenter de désamorcer les colères et une convergence possible ce samedi 17 octobre entre lycéens, agriculteurs ou anciens Gilets jaunes.
500 à 700 millions d’euros pour l’agricultureC’est d’abord sur la crise agricole que Sébastien Lecornu a voulu insister, alors que les syndicats Jeunes Agriculteurs (JA) et FNSEA ont écrit au président Macron pour lui rappeler son engagement en faveur du budget de la future Politique agricole commune (PAC).
Le chef du gouvernement a chiffré le plan de relance agricole de 2027 : « entre 500 et 700 millions d’euros ». Un montant indicatif, dépendant des concertations avec la profession et des débats budgétaires. Les crédits figureraient déjà dans le projet initial, mais le dispositif pourra être complété par amendements. Avec une limite : l’objectif d’un déficit public à 5 %. Toute dépense supplémentaire devra être compensée par des recettes ou des économies...
Cette enveloppe s’ajoute aux quelque 1,2 milliard d’euros de mesures d’urgence déjà mobilisées, selon Matignon, principalement par redéploiement de crédits de 2026. Sécheresse, canicules, flambée des carburants et des engrais liée au blocage du détroit d’Ormuz : les difficultés, il est vrai, se sont accumulées pour les agriculteurs français. Mais entre aides immédiates et relance promise pour l’an prochain, reste à savoir ce qui parviendra aux exploitations, et quand. Quant au financement de la future PAC, évoqué par la FNSEA et les JA auprès d’Emmanuel Macron, les annonces ne répondent pas aux arbitrages européens.
Lycéens : « On a un mouvement de violences urbaines »Puis le ton s’est durci lorsque le Premier ministre a abordé les lycées en se focalisant une nouvelle fois davantage sur les violences en marge des rassemblements que sur les revendications des lycéens. Pour Sébastien Lecornu, hier matin le mouvement ne ressemblerait plus, à ses yeux, à une contestation lycéenne : « On a un mouvement de violences urbaines », a-t-il affirmé, évoquant des tirs de mortier dans des établissements et des intrusions. Il a dénoncé un « appel à la violence qui est absolument épouvantable » tout en reconnaissant les angoisses et le mécontentement des jeunes à l’origine de la mobilisation. Les violences, a-t-il soutenu, feraient injure à ces lycéens.
Les propos du Premier ministre intervenaient au lendemain de l’annonce par le syndicat de police Alliance d’une plainte contre l’État pour « mise en danger de la vie d’autrui ». L’organisation syndicale dénonce des consignes contradictoires en matière de maintien de l’ordre et des policiers exposés à la violence.
Une pression de plus sur l’exécutif, critiqué depuis plusieurs jours sur sa doctrine du maintien de l’ordre et les blessures graves subies par certains lycéens. Sébastien Lecornu a toutefois pris soin de distinguer les lycéens mobilisés de ceux qu’il accuse d’alimenter les affrontements.
Lecornu donne rendez-vous... au premier tour de l'élection présidentielleMais à deux jours de la manifestation contre la vie chère, le Premier ministre ne cachait pas ses craintes. Redoute-t-il des violences samedi ? « Oui », a-t-il répondu, mettant en cause des groupes de l’ultragauche et, parfois, de l’ultradroite, qui s’inséreraient dans les cortèges. Il dit percevoir « un moment de fatigue dans le pays », miné par les guerres, l’inflation, les incertitudes sur le pouvoir d’achat et des crises permanentes. Mais il accuse aussi certains mouvements politiques de vouloir transformer cette lassitude en « carburant électoral », dans une allusion à La France insoumise.
Le rendez-vous du 17 octobre dira si les annonces de Matignon ont pesé sur la mobilisation. Sébastien Lecornu a, lui, déjà désigné une autre échéance : le 18 avril, date du premier tour de la