Des agriculteurs du Lot-et-Garonne se sont mobilisés à Colayrac-Saint-Cirq, puis à Agen, ce lundi 12 octobre, à l’initiative de la Coordination rurale du département. Réclamant que leur situation soit prise en compte...
Des agriculteurs du Lot-et-Garonne se sont mobilisés à Colayrac-Saint-Cirq, puis à Agen, ce lundi 12 octobre, à l’initiative de la Coordination rurale du département. Réclamant que leur situation soit prise en compte par le gouvernement, ils ont passé la soirée devant la préfecture.
L'orage couvait. Il a éclaté. Menée par la Coordination rurale 47, une centaine d'agriculteurs ont exprimé leur colère face aux nombreux problèmes que rencontre la profession. D'abord réunis au rond-point de Camélat, à Colayrac-Saint-Cirq, en milieu d’après-midi, ils se sont ensuite dirigés vers la préfecture, à Agen, sur les coups de 16 h 30, ce lundi.
À leur arrivée, les agriculteurs ont déposé des cuves de gazole non routier légèrement remplies, pour protester contre le prix de ce carburant. Le GNR oscille aux alentours d’1,70-1,80 € par litre. Un montant bien plus élevé qu'il n’a pu l'être dans le passé. Ce motif n’est pas la seule revendication. "On a des charges qui sont devenues insoutenables. Ça fait plusieurs années que l'agriculture va mal en France. On savait qu'on allait droit dans le mur. Nous y sommes, lâche Karine Duc, présidente de la Chambre d'agriculture. Il est intolérable de nous laisser manifester sans qu'on nous apporte des solutions. On s'y fatigue, mais on reviendra autant de fois qu'il le faut." "Il y a un ras-le-bol, peste Jean-Paul David, céréalier retraité. On se demande si les pouvoirs publics veulent vraiment qu'il y ait encore une agriculture dans ce pays."
Le plan gouvernemental jugé insuffisantLa colère n'est jamais redescendue depuis la mobilisation massive de 2024. La saison estivale passée, les agriculteurs ont désormais un peu plus de temps pour clamer leurs revendications. "Ceux qui ne sont pas là m'inquiètent, car ça veut dire qu'ils sont résignés. Les structures vont tomber les unes après les autres. 80 % des agriculteurs du Lot-et-Garonne sont en grande difficulté financière. 20 % vont déposer le bilan d'ici la fin de l'année", prétend José Perez, président de la CR47.
Karine Duc, présidente de la Chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne, et José Perez, président du CR47.
Nicolas NiedergandCette mobilisation sonne comme l’acte I d’une semaine chargée sur le plan social en France. Les lycéens manifestent toujours, les retraités descendront dans la rue mercredi et, en point d’orgue, une journée de mobilisation nationale est organisée samedi.
En réponse à la grogne, le gouvernement a annoncé début septembre la mise en place du plan CASI (Climat, Adaptation, Sécheresse, Incendies), en mettant un milliard d'euros sur la table pour l'agriculture française. Suffisant ? Non, selon la CR47. "C'est un plan minable, qui donne au final entre 800 et 900 € par agriculteur. C'est le plein d'un véhicule de 1 000 l pour travailler trois jours sur une exploitation."
La CR47 a réclamé que Bruno André, préfet du Lot-et-Garonne, vienne voir les manifestants. Ce qu'il a fait, en prenant le temps d'échanger avec chacun d’eux. "Il est important qu'il ait le ressenti de chacun. On est à quelques mois de la présidentielle, on sait que tout est verrouillé. On ne baisse pas les bras, mais on n'a pas grand espoir non plus", reconnaît Coralie, une agricultrice. "Je ne suis pas là pour vous vendre des rêves, ni des cauchemars d’ailleurs, affirme Bruno André devant la foule. Il y a des choses qui sont à ma main, d’autres ne le sont pas. Dans ce cas-là, c’est à moi de les faire remonter."
Plus tôt dans la journée, les membres de la CR47 avaient effectué un barrage filtrant sur un rond-point à Colayrac-Saint-Cirq.
Nicolas NiedergandLa nuit tombée, l’odeur de gazole a laissé place à celle de grillades. Un barbecue installé devant les grilles de la préfecture a été organisé comme pour montrer que les membres de la CR47 ne comptent pas lâcher la mobilisation. Pourrait-elle se répéter dans les prochains jours ? José Perez ne l'exclut pas. "Ce mouvement, c'est le début de quelque chose. Ça commence à bouger dans tous les départements." La CR47 attend des actes plus que des promesses. La suite des hostilités en dépendra.