Trente-six heures de voyage, trois avions, huit heures de décalage horaire et quelques milliers de kilomètres à avaler. Le XIII de France quitte Perpignan ce mardi matin pour rejoindre Sydney, où les Bleus sont...
Trente-six heures de voyage, trois avions, huit heures de décalage horaire et quelques milliers de kilomètres à avaler. Le XIII de France quitte Perpignan ce mardi matin pour rejoindre Sydney, où les Bleus sont attendus jeudi à 7 h 05. Une véritable traversée de la planète, minutieusement préparée par le staff, avant même de penser au premier plaquage face aux Samoa pour lancer la Coupe du monde 2026.
Il y a les voyages. Et puis il y a le voyage. Celui où l’on ne regarde plus l’heure sur sa montre, mais celle du pays que l’on vient de quitter, celle du pays que l’on va rejoindre et, au bout d’un moment, celle affichée sur l’écran de l’avion en se demandant très sérieusement quel jour on est. Ce mardi, le XIII de France entre dans cette deuxième catégorie. Rendez-vous est fixé à 9 heures au stade Gilbert-Brutus de Perpignan. Les valises dans les soutes, les joueurs prennent le bus direction Barcelone. Première étape d’un itinéraire qui ressemble davantage à une ligne tracée au compas sur un planisphère qu’à un simple déplacement international : Barcelone, Londres, Singapour, Sydney. Pour les joueurs des Dragons Catalans et du Toulouse Olympique, habitués aux allers-retours vers l’Angleterre depuis leurs années de Super League ou de Championship, l’avion n’a évidemment plus beaucoup de secrets. Mais cette fois, il faudra voir plus grand. Beaucoup plus grand.
Le jet-lag, premier adversaireÀ Barcelone, 2 h 45 d’attente avant le premier décollage, direction Londres. Deux heures et demie de vol durant lesquelles une consigne très précise a été donnée. "Il ne faudra pas dormir et rester éveillé", prévient Mathias Pala. Le préparateur physique a déjà commencé son match contre le décalage horaire. Et comme tout bon match, celui-ci se prépare en amont. Trois heures de transit à Londres, puis direction le Changi Airport de Singapour pour le gros morceau avec plus de treize heures dans les airs à bord d’un Airbus A380-841 de la compagnie "Brisish Airways". Treize heures, puis 4 h 10 de transit avant de voler enfin vers l’Australie. De quoi avoir le temps de voir défiler plusieurs fuseaux horaires, quelques plateaux-repas et probablement un bon nombre de kilomètres sur la carte affichée devant son siège. Mais là encore, pas question de laisser les organismes improviser. "J’ai demandé aux joueurs de ne dormir que le premier tiers du vol. On ira les réveiller ensuite, les faire marcher et s’étirer dans l’avion, les occuper." En clair, même à 10 000 mètres d’altitude, la préparation continue. Le but est de conserver le sommeil pour le dernier tronçon, entre Singapour et Sydney. Huit heures durant lesquelles les joueurs pourront enfin dormir sans se faire réveiller par les membres du staff. "L’idée est de faire la nuit sur le dernier vol, celui entre Singapour et Sydney, pour réellement dormir la nuit avant l’arrivée en Australie à 7 heures du matin." Une stratégie minutieuse pour éviter que le corps ne débarque en Australie avec plusieurs heures de retard sur le calendrier.
Sydney à 7 heures, Perpignan encore dans la têteLe staff s’est d’ailleurs rapproché du XV de France et de Manu Plaza pour préparer au mieux cette traversée temporelle. Car le défi ne s’arrêtera pas au moment où les portes de l’avion s’ouvriront à Sydney. À l’arrivée, pas question de filer directement sous la couette. "Lorsque nous arriverons à Sydney, l’idée est de rejoindre l’hôtel, de déjeuner et de partir ensuite visiter le camp d’entraînement des Sydney Roosters." Le message est clair, il faut immédiatement vivre à l’heure australienne. Retour à l’hôtel vers midi, puis une sieste de 30 minutes maximum. Pas davantage. Parce qu’une demi-heure peut aider. Une heure peut vous envoyer directement dans les bras d’un sommeil dont il sera ensuite compliqué de sortir. Et le principe est simple : "On sait qu’il faut un jour pour récupérer d’une heure de décalage horaire." À huit heures de différence, le calcul n’a rien de rassurant.
Au total, le périple représentera environ 36 heures de voyage, avec 2 h 30 de bus, près de dix heures d’attente cumulées dans les différents aéroports et 23 h 30 passées dans les trois avions. Alors, pour rendre le voyage aussi supportable que possible, l’encadrement et la cellule de préparation physique ont donc pensé à tout : gourdes d’hydratation, bas et chaussettes de contention, minerves… Le kit du parfait rugbyman en transit est complet. Il faudra boire, marcher, s’étirer, rester éveillé quand il le faut, dormir quand ce sera enfin le bon moment et surtout éviter de se laisser piéger par ce drôle de phénomène qui transforme parfois une arrivée à l’autre bout du monde en lendemain de fête sans avoir fait la fête.
Le XIII de France n’aura pourtant pas le temps de tergiverser. Huit jours après son arrivée, les Samoa seront déjà là. Mais avant de parler stratégie, défense ou puissance physique, les Bleus devront d’abord franchir une première ligne. Celle des 17 000 kilomètres qui séparent Perpignan de Sydney. Mardi matin, à 9 heures, le premier coup d’envoi sera donné. Pas de ballon. Pas de sifflet. Pas d’adversaire en face. Juste un bus, trois avions, des heures d’attente et un décalage horaire qui, lui, ne fera aucun cadeau. Le XIII de France part pour l’Australie. Le match contre les Samoa attendra. Pour l’instant, le premier adversaire s’appelle Sydney. Et il joue avec huit heures d’avance.