Le mouvement lycéen se poursuit dans le Tarn-et-Garonne. Ce vendredi 2 octobre 2026, c'est à Montauban que la tension est montée, dans la matinée, devant les lycées Michelet et Bourdelle, avec des dégradations...
l'essentiel Le mouvement lycéen se poursuit dans le Tarn-et-Garonne. Ce vendredi 2 octobre 2026, c'est à Montauban que la tension est montée, dans la matinée, devant les lycées Michelet et Bourdelle, avec des dégradations commises par une minorité, mais aussi des revendications d’une majorité qui a des arguments à faire valoir. Pour préserver la sécurité des élèves et du personnel et faire baisser la tension, le préfet Sébastien Cauwel annonce la fermeture de ces deux lycées jusqu'à mardi inclus.
Quelques poubelles amoncelées à la hâte finissent de se consumer, exhalant une fumée âcre, tandis que des détritus témoignent d’une scène proche des violences urbaines. Peu avant 8 heures vendredi 2 octobre 2026, à Montauban (Tarn-et-Garonne), le blocus annoncé par le mouvement des lycéens de Bourdelle tourne au vinaigre sous l’impulsion d’une minorité d’individus, dont certains vêtus en noir et cagoulés.
L’établissement ferme ses portes et les polices municipale et nationale font face à plus d’un millier de jeunes qu’elles tentent de repousser de l’autre côté du boulevard Herriot, vers la Roseraie. Elles essuient des jets d’œufs, quelques pierres et des artifices divers et variés au mépris de l’arrêté préfectoral. À intervalles réguliers, des pétards font passer un frisson dans les rangs.
Sur place, on sent que la moindre étincelle peut mettre le feu aux poudres et le préfet, Sébastien Cauwel, secondé par sa directrice de cabinet, Ambre Bernard, fait appel à la gendarmerie pour renforcer les forces de l’ordre. Vingt-cinq gendarmes du Psig de Montauban et Castelsarrasin prennent position.
Devant le commissariat, une soixantaine de personnes a réclamé la libération de Sacha, interpellé devant le lycée Michelet et placé en garde à vue.
DDM Manu Massip
La proviseure Marie-Thérèse de Oña, au beau milieu du boulevard, porte-voix en main, tente de raisonner ses troupes en furie, précisant que l’établissement sera fermé au moins pour la journée et leur conseillant de rentrer chez eux. Accueillie sous les quolibets et les pétards, elle rebrousse chemin avant de revenir pour proposer de rencontrer une délégation de cinq élèves en compagnie de l’inspecteur d’académie, Cyril Le Normand.
Les stigmates des incendies à l'entrée du lycée Antoine-Bourdelle. Les dégradations sur le portail sont estimées à 25000 euros.
DDM - MANUEL MASSIP
Dans le même temps, le lycée Michelet, fermé lui aussi pour éviter toute intrusion, a aussi été concerné avec une centaine d’élèves et le syndicat CGT à la manœuvre. Là aussi, des poubelles, des palettes et des slogans ont été apposés sur l’entrée et les grilles de l’établissement, mais il n’y a pas eu d’incendie. Un ancien élève de Michelet adhérent de la CGT a été interpellé. Les manifestants ont ensuite été grossir les rangs devant le lycée Bourdelle.
Après une petite heure d’entretien, Cyril Le Normand fait le point sur les revendications des élèves. « Ils nous ont parlé des journées surchargées, du sureffectif dans les classes, du manque de professeurs, de l’interdiction du téléphone, de Parcoursup et de la climatisation et du chauffage. C’était important de les écouter. Leurs demandes vont être remontées au rectorat et au ministre. Pour autant, je condamne les dégradations. Un portail coûte 25 000 € et c’est autant d’argent que la Région ne pourra pas investir plus utilement. Ils réclament de meilleures conditions de travail et ils brûlent le matériel, cela n’a aucun sens… »
Dans la foulée, le Dasen a décidé de fermer les deux lycées montalbanais, « au moins jusqu’à mardi inclus pour ne pas mettre les élèves et le personnel en danger. » Les cours auront lieu en distanciel. Ou pas.
Le préfet a fait appel à des renforts de gendarmerie pour sécuriser les abords du lycée Bourdelle.
DDM MANUEL MASSIP
Dans les rangs, les langues se délient, notamment dans la bouche d’un jeune représentant du comité de vie du lycée. « Il y en a 50 % qui savent pourquoi ils sont là et 50 % qui suivent le mouvement. Il y a un ras-le-bol général. L’an dernier, on n’a pas eu de prof de français pendant trois mois alors qu’on avait le bac de français. Cette année, ils ont supprimé une classe de terminale et on se retrouve à 36 dans une salle et il n’y a même pas assez de chaises pour tout le monde. En mai et juin, la température atteignait près de 40 °C. Il y a mieux à faire que de mettre de l’argent dans des pochettes magnétiques pour interdire les portables. »
L'heure est au bilan des dégâts et au nettoyage au lycée Bourdelle.
DDM MANUEL MASSIP
Un autre élève s’attarde sur les emplois du temps qu’il juge démentiels. « Certains se lèvent à 6 heures, et derrière, ils ont neuf heures de cours avec 1 h 30 de pause. Et le soir, rebelote jusqu’à 19 heures, avec du travail personnel en plus à assurer. Je suis contre les dégradations, on se fait entendre de la mauvaise façon, mais il faut que ça change… »
Vendredi matin, la colère des lycéens a également concerné le lycée Michelet jusqu‘alors épargné par le mouvement. En présence de membres du syndicat CGT, une centaine d’élèves a participé à un rassemblement qui se voulait pacifique. Un ancien élève du lycée Michelet adhérent de la CGT, a été interpellé par la police pour rébellion. Il a été placé en garde à vue. Dans la matinée, une soixantaine de personnes emmenées par la CGT s’est rassemblée sous les fenêtres de l’hôtel de police, boulevard Alsace-Lorraine, en scandant « Libérez Sacha ». Devant le lycée Bourdelle, police et gendarmerie ont également interpellé deux autres manifestants, eux aussi placés en garde à vue.