Lherm est la première commune de France à obtenir le retrait de ses terrains communaux du territoire de chasse. Le village haut-garonnais a passé plusieurs années à faire passer cette décision qui prendra effet en...
Lherm est la première commune de France à obtenir le retrait de ses terrains communaux du territoire de chasse. Le village haut-garonnais a passé plusieurs années à faire passer cette décision qui prendra effet en 2028. Pour le maire, Frédéric Pasian, c’est une victoire et l’occasion de soulager des administrés inquiets après plusieurs incidents.
Ils sont irréductibles. Lherm a interdit la chasse sur une cinquantaine d’hectares, une première en France. Dans le sillage de son prédécesseur, le maire, Frédéric Pasian (divers gauche) a tenté à plusieurs reprises d’interdire la pratique sur sa commune. Un parcours semé d’embûches, entre délais administratifs interminables et complexité des procédures.
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Une longue procédureL’interdiction de la chasse n’était pas dans le programme de Frédéric Pasian. Jusqu’à il y a cinq ans, quand le gérant d’une société l’a appelé, furieux : une balle venait de passer non loin de l’un de ses salariés. “Il m’a dit : “Venez voir, mon salarié a failli mourir abattu devant l’entreprise.” L’élu a commencé à se remémorer des accidents antérieurs, notamment celui où un cycliste avait été touché à l’épaule en 2009 dans le bois. Et puis ailleurs en France, comme la mort de l’Aveyronnaise Mélodie Cauffet dans le Cantal en 2022, ou celle de Morgan Keane dans le Lot en 2020. Enfin, certains administrés ont signalé des incidents avec des chasseurs, des tensions autour de la distance entre les battues et les maisons. “Là, je me suis dit, il y a quand même un problème”, se souvient l’édile.
Alors jeune maire, il ne réalise pas qu’il s’attaque à un dossier épineux : “Il y a un article de loi qui existe, qui permet d’agir, et c’est ce que j’ai mis en œuvre, parce qu’un maire ne peut pas interdire la chasse avec un arrêté.” Ses arrêtés, pris au nom de la sécurité publique, sont effectivement rejetés. Alors, au titre de l’article 422-10 du Code de l’environnement, Frédéric Pasian demande le retrait de plusieurs terrains communaux de l’ACCA, ou association communale de chasse agréée.
Sa procédure échoue une première fois, faute d’avoir envoyé à temps l’accord du conseil municipal : “Le maire ne peut pas agir seul, nous explique Frédéric Pasian. Seul le conseil municipal est compétent pour faire une demande d’opposition.” Une deuxième requête est réalisée en bonne et due forme en septembre 2025. Là, la Fédération des chasseurs accepte que les terrains communaux soient retirés de l’ACCA. La décision prendra effet au prochain renouvellement, en janvier 2028.
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Cohabitation“C’est l’espace vert devant l’école, le terrain de football… Et le fameux bois des Escoumes. La volonté de la commune c’était de sanctuariser ce bois”, insiste l’édile. Car sur les 50 hectares concernés par la procédure, seuls 29 sont effectivement ouverts à la chasse, principalement ceux du bois. Le chiffre est dérisoire quand on sait que l’ACCA de Lherm dispose de plus de 1 700 hectares. La surface concernée par l’interdiction représente… 1,69 % du total. “Les chasseurs peuvent continuer leurs actions de régulation du gibier”, assure le maire.
Décrite comme le poumon vert du village, la petite forêt compte plusieurs sentiers de randonnée, une aire de pique-nique et des installations dédiées à la course d’orientation. Un havre longtemps partagés avec les chasseurs en quête de chevreuils et sangliers.
Directeur de la fédération des chasseurs de Haute-Garonne, Sébastien Dejean insiste sur le fait que cette histoire n’a pas été un bras de fer opposant le maire aux chasseurs : "Nous assurons une mission de service public, et donc nous appliquons les protocoles que prévoit le Code de l’environnement." Pour lui, ce "choix philosophique" appartient à Frédéric Pasian. "C’est plutôt le bois qui a cristallisé l’émotion locale. Entre-temps, les chasseurs avaient fait l’effort de mettre ce bois en réserve de chasse, pour apaiser." Passé l’émoi provoqué par cette situation inédite, le chasseur retient que tout s’est passé convenablement : "Il n’y a pas de rancœur particulière, parce que ce n’était pas un combat. Il faut respecter les avis de chacun. Nous, on n’est pas là pour persuader tout le monde."
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Une posture qui n’est pas si différente de celle de Frédéric Pasian. Le maire prêche aussi l’apaisement : “Moi, je ne suis pas chasseur. Je crois que l’homme a besoin de sauvage. On ne peut pas contrôler toute la biodiversité. Mais mon fils, par exemple, passe le permis de chasse. Eh ben j’en parle à table avec lui."