Le procès de l’incendie criminel qui a coûté la vie à huit personnes dont deux enfants en bas âge en février 2022 à Saint-Laurent-de-la-Salanque s’ouvre ce jeudi 1er octobre à 14 heures devant la cour d’assises des...
Le procès de l’incendie criminel qui a coûté la vie à huit personnes dont deux enfants en bas âge en février 2022 à Saint-Laurent-de-la-Salanque s’ouvre ce jeudi 1er octobre à 14 heures devant la cour d’assises des Pyrénées-Orientales. Dès les premiers jours d’audience, les accusés doivent être confrontés à plusieurs témoins qui mettent à mal non seulement leurs déclarations sur leur situation financière mais aussi leur version des faits. Et qui dépeignent leur comportement pour le moins étrange après le drame.
Vont-ils maintenir leurs déclarations ou changer de version ? Vont-ils faire des révélations surprises face la cour d’assises des Pyrénées-Orientales et fournir des éléments dont ils n’avaient jamais parlé ? Plus d’une dizaine de témoins seront appelés à venir à la barre au cours du procès sur l’explosion meurtrière de Saint-Laurent-de-la-Salanque qui a eu lieu dans la nuit du 13 au 14 février 2022. Et certains d’entre eux, (s’ils se présentent à leur convocation), sont très attendus car ils pourraient bien se montrer déterminants, compromettants, voire très "gênants" pour les accusés, et notamment pour le gérant de l’épicerie et son frère. Soupçonnés d’être les "commanditaires" de ce projet criminel pour monter une escroquerie à l’assurance, ce qu’ils nient farouchement.
Les propriétaires de l’épicerieSi le gérant de l’épicerie Khaled Ben Abdeljelil raconte depuis le départ qu’il ne rencontrait aucune difficulté financière et qu’il gagnait très bien sa vie "3 500 à 4 000 € par semaine", la réalité apparaît tout autre et appuierait la thèse de l’arnaque à l’assurance. Les diverses auditions montreraient que l’accusé accumulait les dettes (créances auprès de fournisseurs, arriérés de cotisations fiscales, ardoises chez des commerçants…) Les propriétaires des murs de l’épicerie enfoncent le clou. Ils confirment qu’en février 2022 il ne payait plus son loyer depuis 6 mois et qu’ils lui avaient adressé un commandement de payer fin janvier 2022. Une procédure d’expulsion laissait alors un mois à l’épicier pour régulariser ou quitter les lieux. Et l’échéance était fixée au 22 février, une semaine avant l’incendie. Hasard de calendrier ? Les propriétaires racontent aussi qu'"après le drame", l’épicier les aurait appelés pour leur dire qu’il allait soudainement s’acquitter des sommes dues.
Le footballeur associéLe face-à-face pourrait être houleux. Cet ex-footballeur international, ancien du RC Lens et du SC Koweït installé à Saint-Laurent, s’était associé avec l’épicier pour acheter un bar du village "Le BlasBan". Si Khaled Ben Abdeljelil a d’abord expliqué qu’il n’y avait "aucune tension" entre eux puis a concédé l’existence d''un litige", l’attaquant dresse un tableau bien plus sombre. En avril 2022, il confiait son amertume à L’Indépendant et prétendait avoir versé plus de 100 000 € dans cet établissement avant de découvrir qu'"il n’y avait aucun contrat en règle", et que l’épicier "avait tout mis à son nom". Le temps de régler les comptes, le bar avait été fermé et les relations étaient distantes jusqu’au 14 février 2022, dit-il. Khaled Ben Abdeljelil l’aurait appelé "en hurlant" : "T’as mis le feu à mon épicerie, tu vas voir". Et, c’est là où le bât blesse, il ajoute que l’épicier l’aurait contacté à nouveau le 15 février en soirée afin qu’ils se rencontrent avant qu’il ne se rende à la gendarmerie pour "lui faire dire sa version des faits." Mais laquelle ?
Le patron du barEn totale contradiction avec leur budget à l’évidence fortement obéré, le gérant de l’épicerie et son frère avaient pour projet commun de racheter le bar "Le commerce" et avaient fait une proposition au responsable de l’établissement trois ou quatre mois avant les faits. Le financement supposé de ce rachat à hauteur de 350 000 € sème là aussi le trouble. Khaled Ben Abdeljelil affirme qu’il avait été convenu d’un crédit vendeur. De son côté, le patron du "Commerce" soutient l’inverse. Selon lui, l’épicier lui avait assuré qu’il allait toucher non seulement le remboursement de 170 000 € investis dans le "BlasBan", (même si le déblocage du litige semblait encore très loin) et une enveloppe de 50 000 € tirés de "la vente récente" de son épicerie (jamais vendue…) Ces potentielles futures rentrées d’argent n’auraient-elles pas été plutôt liées à l’incendie ? D’autant que le patron du bar se souvient qu'"après l’incendie", Khaled Ben Abdeljelil lui aurait dit être toujours intéressé et être "dans l’attente de 174 000 € de l’assurance". Le patron du Commerce aurait même ajouté que l’assureur aurait accompagné l’épicier pour attester de sa crédibilité.
L’agent d’assurancesL’agent d’assurances de Khaled Ben Abdeljelil a toujours insisté sur les "très bonnes relations" avec son client qui selon lui "n’a pas le profil pour faire une escroquerie à l’assurance". Toutefois, il vient de se constituer partie civile dans ce dossier et il n’a pu passer sous silence les modifications (troublantes) effectuées, quelques jours plus tôt, sur le contrat d’assurance de l’épicerie, alors en cours de résiliation. Il admet que le 8 février 2022 (6 jours avant la nuit tragique), une fois les échéances impayées réglées, les clauses avaient été modifiées. Le chiffre d’affaires du commerce avait été élevé de 25 000 à 135 000 € sur la bonne foi de l’épicier et le montant des indemnités susceptibles d’être versées en cas d’incendie avait été augmenté. Ce qui vient percuter les allégations de Khaled Ben Abdeljelil, martelant pour sa part qu’il ne connaissait pas ses garanties et qu’il faisait confiance à son assureur. D’embarrassant, le témoin pourrait bien se voir… embarrassé.
Le procès sur l’explosion meurtrière de Saint-Laurent-de-la-Salanque dans les Pyrénées-Orientales qui, en février 2022, a ôté la vie à huit victimes dont deux enfants en bas âge, débute ce jeudi 1er octobre. Sur le banc des accusés, trois hommes, qui se rejettent la responsabilité de ce drame.