Début août, un drone chargé d’explosifs a été découvert à l’aéroport de Leipzig, un hub logistique clé pour l’Otan. Dans la foulée des accusations de Berlin faites mardi, l’UE a dénoncé un acte de « terrorisme soutenu par un Etat », en l’occurrence la Russie.
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L’ombre du Kremlin plane sur l’incident survenu dans un aéroport stratégique pour le soutien à l’Ukraine. L’Allemagne a annoncé, mardi 1ᵉʳ septembre, des mesures de rétorsion contre la Russie, après l’avoir officiellement accusée d’avoir envoyé un drone chargé d’explosifs début août à l’aéroport de Leipzig, une plateforme militaire clé pour l’armée allemande et pour l’Otan.
Début août, un drone chargé d’explosifs – neutralisé par un robot de la police – a été découvert dans la zone sécurisée des opérations de fret de l’aéroport de Leipzig, près d’avions-cargos ukrainiens, et un deuxième engin aurait heurté un avion-cargo de DHL quelques minutes plus tard. Selon la presse allemande, un autre drone aurait été trouvé plus tard près de l’aéroport, également avec des traces de substances explosives.
« Dans l’ensemble, les enquêtes policières, les modes opératoires et les informations des services de renseignement démontrent une responsabilité russe dans la tentative d’attentat à l’aéroport de Leipzig », a déclaré, ce mardi, Alexander Dobrindt, ministre allemand de l’Intérieur.
En conséquence, l’Allemagne va fermer, le 18 septembre, le dernier consulat russe sur son territoire, à Bonn (ouest), et le centre culturel russe de Berlin, aussi appelé « Maison russe ». Ce dernier est souvent présenté comme un « nid d’espions », notamment par des hommes et des femmes politiques allemands. Dans un entretien sur la chaîne privée Welt TV, le député conservateur Roderich Kiesewetter a assuré que cet établissement servait de plateforme aux espions russes. Selon lui, plus de 100 personnes y vivent « sans que l’on sache qui elles sont » et la consommation d’électricité du bâtiment est anormalement élevée. Berlin privilégiait le statu quo jusqu’ici en raison du contrat bilatéral existant avec l’Institut Goethe à Moscou.
Le centre culturel russe de Berlin, souvent présenté comme un nid d’espions, va fermer ses portes le 18 septembre. TOBIAS SCHWARZ / AFP
Berlin va par ailleurs proposer d’inscrire de nouvelles personnes de nationalité russe sur les listes de sanctions européennes. Johann Wadephul, ministre des Affaires étrangères, a en outre promis de « renforcer la pression sur la flotte fantôme russe », désignant un ensemble de navires vieillissants au statut juridique opaque que la Russie utilise pour contourner les sanctions occidentales.
La France convoque le chargé d’affaires russe à ParisAux côtés de l’Allemagne, l’Union européenne (UE) a annoncé, ce mercredi 2 septembre, la convocation du chargé d’affaires russe à Bruxelles. La cheffe de la diplomatie de l’UE, Kaja Kallas, a estimé que l’attaque de drones sur le sol allemand présente « les caractéristiques d’un acte de terrorisme soutenu par un Etat », en l’occurrence la Russie. Elle réunira dans la journée les chefs de la diplomatie des pays membres pour discuter de mesures de rétorsion à prendre contre Moscou.
De son côté, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a annoncé la convocation du chargé d’affaires russe à Paris afin de « protester très vivement » contre ce qu’il qualifie « d’attaque hybride ».
Mardi, Emmanuel Macron avait réaffirmé le soutien de la France en faveur de nouvelles sanctions européennes contre la Russie. « Ces attaques hybrides se multiplient en Europe. Elles ne peuvent rester sans réponse », a exhorté le chef de l’Etat sur X.
Depuis le début de la guerre en Ukraine, en février 2022, l’Allemagne et plusieurs autres Etats européens imputent régulièrement au Kremlin des opérations de déstabilisation, d’espionnage et de sabotage sur leur sol. « La Russie doit désormais comprendre que sa voie, consistant à rechercher des solutions militaires et à imposer ses revendications par la violence, y compris par des moyens hybrides, a échoué », a déclaré le ministre allemand des Affaires étrangères.
« Agents jetables »A Leipzig, la technologie employée et « l’interaction des différents éléments doivent être qualifiées de professionnelles et révèlent un haut niveau d’expertise technique ainsi qu’un effort organisationnel considérable », a déclaré le ministre allemand de l’Intérieur. Si l’exécution finale de la « tentative d’attentat » a relevé d’agents dits « jetables », ces derniers ont agi « sur ordre d’autorités étatiques russes », a-t-il affirmé.
L’aéroport, situé dans l’est de l’Allemagne, joue un rôle de premier plan dans le transport de matériel militaire, en particulier pour l’armée allemande et les alliés de l’Otan, et sert aussi de base au constructeur aéronautique ukrainien Antonov. Sans désigner Moscou, le chancelier Friedrich Merz avait averti la semaine passée les auteurs d’attaques hybrides contre l’Allemagne qu’ils « en paieraient le prix ».
Poutine déplore les sanctions allemandesL’ambassadeur russe en Allemagne, Sergueï Netchaïev, a qualifié les « accusations » de Berlin de « non fondées, absurdes et contraires au bon sens », ajoutant que les sanctions constituaient « une escalade sans précédent des relations russo-allemandes et ne seront pas sans conséquences ». Et d’affirmer : « La provocation hâtivement montée à l’aéroport de Leipzig sert exclusivement les objectifs du régime de Kiev, de l’aile militariste de la classe politique européenne et des magnats du complexe militaro-industriel intéressés à alimenter le conflit ukrainien. »
« Je pense que c’est une nouvelle erreur grossière. Et, à mon avis, elle va clairement à l’encontre des intérêts du peuple allemand », a renchéri le président russe, Vladimir Poutine, depuis Bichkek, au Kirghizistan.
Par Service Actu (avec AFP)