Julie vit en Gironde mais a misé sur le quartier Saint-Mathieu à Perpignan pour son premier investissement immobilier. Le chantier du bâtiment qu’elle a acheté rue Dugommier est à l’abandon, déserté par les artisans...
Julie vit en Gironde mais a misé sur le quartier Saint-Mathieu à Perpignan pour son premier investissement immobilier. Le chantier du bâtiment qu’elle a acheté rue Dugommier est à l’abandon, déserté par les artisans et les experts, mais occupé par des trafiquants de drogue. Par son cri d’alarme, elle veut éveiller les consciences et faire bouger les lignes juridiques et administratives pour les investisseurs dans l’impasse comme elle. Le chef de la police municipale assure ne pas relâcher la pression sur cette artère compliquée près du centre-ville. Mais qu’il faudrait plus de moyens pour aller plus loin encore, et une réponse pénale à la hauteur.
"Aujourd’hui, quand je prononce Perpignan, mon poil se hérisse." Pourtant en 2024, pour son premier investissement immobilier, Julie n’avait d’yeux que pour cette ville, "son architecture, son art de vivre, son soleil." Son conjoint, avec qui elle vit en Gironde, avait déjà misé sur la capitale roussillonnaise, dans le quartier Saint-Mathieu, où les prix des immeubles à vendre sont attractifs. Après "être venue plusieurs fois", "avoir quadrillé le secteur rue par rue", elle portait son dévolu sur un bâtiment de trois étages avec quatre appartements dans la rue Dugommier, pour 123 500 euros.
"À mon échelle, je voulais rénover les logements, les louer, et participer à la revitalisation du centre-ville", témoigne la jeune trentenaire. Il y a un an et demi, elle déchantait : "Pendant les travaux et les réparations pour un dégât des eaux, près d’une dizaine de personnes connues de la police pour être des trafiquants de drogue ont dégradé mon immeuble, volé mes biens et utilisé les lieux pour entreposer des balances et des produits illicites. J’ai fait sceller le bâtiment et ajouter des barres de fer aux fenêtres pour éviter toute intrusion." Depuis, l’immeuble est à l’abandon, les dettes s’accumulent et les démêlés avec des experts et des assurances n’en finissent pas. "Je veux éveiller les consciences, les pouvoirs publics, les autorités, mais aussi la population et les gens dans la même situation que moi à Perpignan et ailleurs, interpelle la consultante en marketing. Je veux que les choses changent. Que le droit évolue pour protéger les investisseurs."
Les artisans n’ont plus voulu aller sur place après des menaces de mort
Outre "des tags, une gouttière désossée, l’entrée forcée, les vols des meubles, même d’un canapé", la situation basculait quand "les artisans n’ont plus voulu aller sur place après des menaces de mort par les personnes autour de l’immeuble". Étant donné les sinistres, les effractions, les dégradations et le chantier laissé en l’état, "un expert ne vient même plus constater les dégâts sur place car le bâtiment et l’ambiance autour ont été déclarés trop dangereux". De ce fait, "la SCI de l’immeuble que j’ai avec mon conjoint a failli voir son assurance la radier. Au final, il a fallu la résilier".
Julie, "en lien régulier avec la police municipale", déposait plainte à plusieurs reprises, informait le maire de Perpignan Louis Aliot de ses difficultés par messages privés, et envoyait des courriers recommandés au parquet et à la préfecture. Des documents que L’Indépendant s’est procurés et a consulté. "Mais, je n’ai aucun retour concret, déplore la propriétaire. Des actions de démantèlement du point de deal se font de temps et temps. Le trafic s’interrompt. Puis reprend. Et en attendant, alors que les pouvoirs publics luttent contre la vacance des logements et travaillent sur la revitalisation des centres-villes, des logements ne sont pas sur le marché et l’insécurité grandit."
L’impression d’avoir gâché ma vie
Elle espère, "une stratégie contre le trafic de drogue sur le long terme, la sécurisation des lieux avec la pose de caméras, une coordination entre politiques, forces de l’ordre, justice, bailleurs, propriétaires, habitants et une reconnaissance du préjudice subi". À ce jour, Julie en a eu pour "40 000 euros de rénovation", verse "900 euros de prêt par mois", a assumé "des milliers d’euros pour les vols", paye l’assurance propriétaire non-occupant, les charges… " Pourquoi continuer ? "C’est invendable. Je gagnerais 30 000 euros au plus. Alors que je comptais sur cet investissement pour avancer dans mes projets de vie et de famille. Aujourd’hui, j’ai l’impression d’avoir gâché ma vie."
"Cela fait des années que nous travaillons, jour et nuit, sur Saint-Mathieu. Par nos actions, nous avons pacifié le secteur et réduit le trafic de drogue sur une artère, qui est en effet celle de la rue Dugommier. Là où nous avons aidé cette jeune femme et escorté ses artisans à plusieurs reprises", relate Philippe Rouch le directeur de la police municipale de Perpignan.
"On a résorbé les transactions qui étaient montées de 400 à 500 par jour à une époque. C’est compliqué, mais on ne lâche rien, défend-il. Il ne s’écoule pas un jour sans que l’on verbalise. Mais pour résoudre le problème du trafic de drogue, la police municipale ne peut pas être seule. La réponse pénale ne nous appartient pas."
Il développe : "Pour démanteler ce point de deal, il faudrait y être présent 7 jours/7 et 24 h/24. Mais il faut aussi aller à des endroits où les gens habitent. Je rappelle que cette jeune femme n’y vit pas. Elle propose d’installer une caméra ? Pourquoi pas. Mais les gars dans la rue le sauront, ils déplaceront le point de deal et ils déplaceront le trafic. Saint-Mathieu n’est pas compliqué par la typologie de ses lieux, mais des personnes qui y développent le trafic, généralement des migrants."