Deux époques, deux parrains, deux rapports au pouvoir : le cinéaste orchestre une fresque grandiose sur l’ascension de Vito et la chute morale de Michael. Ce soir à 21h sur Arte.
Robert de Niro dans « Le Parrain 2 » de Francis Ford Coppola. PARAMOUNT
C’est devenu un lieu commun : « le Parrain 2 » est considéré comme supérieur à l’opus précédent. On peut bien sûr discuter ce genre d’assertion, mais pas la magnificence du film, fresque à la fois grandiose et légère comme une plume, qui dilate le dilemme cher à Michael Corleone (Al Pacino) : protéger l’intégrité morale de sa famille sans altérer la prospérité de son empire économique. La difficulté tient à ce que ces enjeux s’imbriquent alors même que le nouveau parrain s’éloigne de plus en plus de son père Vito, notamment dans sa manière d’appréhender l’exercice du pouvoir.
Une Amérique en négatifCe dilemme, Coppola le met en images par le biais d’un montage alterné : alors qu’on assiste au raidissement de Michael, qui choi-sit de jouer le père Fouettard au moment où son univers se lézarde, une myriade de flash-back fait refluer les années d’apprentissage de son prédécesseur Vito (Robert De Niro), orphelin sicilien réfugié à New York (ironie suprême : son exil est motivé pour fuir la Mafia qui sévit dans son village). Comme dans tous les « Parrain », il s’agit évidemment pour Coppola de cerner les contours sinueux du bien et du mal, déterminer ce qui est officieux ou non, ce qui relève aussi de l’inné ou de l’acquis chez ses personnages tragiques.
Alors qu’il se croyait programmé pour devenir un brave type, Michael, génie et âme damnée de la trilogie, prend clairement la mesure de l’ingratitude de son rôle, renvoyant son père, ce gangster sans cesse convaincu de faire le bien, au rang de catalyseur empoisonné. Quand bien même les séquences rétro possèdent la beauté et la lumière mordorée d’un opéra, Coppola filme ce deuxième volet comme un mythe souterrain : l’intrigue s’ouvre sur le discours élogieux d’un sénateur à l’égard de la famille Corleone durant une cérémonie de baptême. Pure façade : sitôt passé dans l’intimité du bureau de Michael, le politicien déverse sa bile sur cette bande de ritals arrogants. Le film ne sortira plus des coulisses de cette Amérique en négatif.
◗ Dimanche 20 septembre à 21h sur Arte. Film policier américain de Francis Ford Coppola (1974). Avec Al Pacino, Robert De Niro, Diane Keaton. 3h22. (Disponible à la demande sur Arte.tv).
Par Guillaume Loison
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