Le gouvernement a notamment annoncé ce mardi une prolongation jusqu’à la fin de l’année et un élargissement de l’aide aux grands rouleurs pour tenter de répondre à l’inquiétude des Français les plus affectés par la flambée des prix des carburants, provoquée par les conflits au Moyen-Orient et en Ukraine.
Les ministres Roland Lescure (Economie), Serge Papin (PME), Stéphanie Rist (Santé), David Amiel (Action et comptes publics), Maud Bregeon (porte-parolat), Catherine Chabaud (Mer), réunis à Bercy, le 22 septembre 2026. MEIGNEUX/SIPA
Ce mardi 22 septembre, le litre de gazole s’affiche à 2,41 euros en moyenne, un plus haut historique. Le SP95-E10, carburant le plus vendu en France, dépasse lui aussi depuis plus de dix jours son pic de 2022, à plus de 2,17 euros. Face à cette flambée des prix des carburants, le gouvernement a fait de nouvelles annonces.
Signe que la situation est inédite, six ministres – Roland Lescure (Economie), David Amiel (Action et comptes publics), Maud Bregeon (porte-parolat), Serge Papin (PME), Catherine Chabaud (Mer) et Stéphanie Rist (Santé) – étaient présents pour la conférence de presse. Voici ce qu’il faut en retenir.
• Une « règle d’or » en cas de surplus de TVALe cabinet de Sébastien Lecornu avait déjà confirmé, en amont de la conférence de presse, qu’il allait proposer l’instauration d’une « règle d’or » sur la TVA en matière de carburants. Depuis le début de la crise, « le gouvernement a posé le principe que l’Etat ne devait pas profiter » de cette hausse « pour accroître ses recettes, publiant tous les 10 jours l’état des recettes fiscales liées aux carburants (TVA liée aux prix et accises liées au volume) », ont fait valoir les services du Premier ministre. Le gouvernement proposera donc « aux parlementaires d’adopter dans le projet de loi de finances une règle d’or garantissant qu’il n’y aura pas de gain pour les comptes publics ».
« Concrètement, si les prix devaient encore augmenter et alimenter un surplus de TVA, la hausse de TVA sera neutralisée pour être restituée aux Français à la pompe », affirme l’entourage du Premier ministre. Et ce sous la forme « d’aide supplémentaire », a éludé en conférence de presse David Amiel.
Alors que les oppositions accusent régulièrement le gouvernement de s’enrichir grâce aux surplus de fiscalité liés à la hausse du prix de l’essence, David Amiel a soutenu qu’« il n’y a pas eu, il n’y a pas et il n’y aura pas de cagnotte ». Les prix plus élevés génèrent en effet davantage de TVA, mais les Français consommant moins, les « droits d’accise » – calculés en fonction du volume du produit mis en circulation – diminuent. La balance depuis le début de la crise en février s’établit ainsi à -407 millions d’euros par rapport à la même période en 2025, en raison de la baisse de la consommation, assure le gouvernement.
• L’aide aux grands rouleurs étendueL’aide aux « grands rouleurs » va être prolongée jusqu’à la fin de l’année. Le nombre de bénéficiaires potentiels va être élargi à 5,5 millions de personnes – pourront en bénéficier les Français seuls au revenu allant jusqu’à 2035 euros net mensuels ; concernant les couples avec deux enfants, l’aide sera versée jusqu’à 6 104 euros net mensuels.
Pour les bénéficiaires, l’aide sera de 100 euros, a déclaré la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon, également ministre déléguée à l’Energie. Jusque-là, 3 millions de personnes étaient éligibles.
Le versement de l’aide sera par ailleurs « simplifié ». Les 1,2 million de Français qui avaient déjà enclenché une procédure en début d’année n’auront pas de démarche supplémentaire à effectuer. Pour les autres, une plateforme en ligne permettra de vérifier son éligibilité et faire la demande le cas échéant, via le site impots.gouv.fr et ce dès le 1er octobre.
La porte-parole du gouvernement a précisé qu’une « adaptation » de cette aide aux territoires ultramarins était en cours.
• Le chèque énergie « maintenu dans le budget 2027 »Le chèque énergie « sera maintenu dans le budget pour 2027 », du moins dans la copie que le gouvernement présentera au Parlement, a indiqué Maud Bregeon. Cette aide, qui varie entre 150 et 277 euros, est versée aux plus modestes qui l’ont touchée automatiquement en avril, soit 4,2 millions de Français. L’an prochain, elle devrait être distribuée en janvier, au lieu d’avril.
• Un bonus « territoire et ruralité » pour les infirmiers libérauxUn bonus « territoire et ruralité » de 80 euros va être créé pour les infirmiers libéraux « qui font plus de 100 kilomètres par jour », a expliqué la ministre de la Santé Stéphanie Rist. Il s’ajoutera à l’aide de 100 euros pour les trois mois à venir à destination des grands rouleurs. Environ 25 000 infirmiers libéraux y sont éligibles. A cette mesure s’ajoute pour eux la possibilité de repousser le paiement de leurs cotisations Urssaf « sans pénalité ».
Les aides à domiciles qui font plus de 30 kilomètres par jour seront quant à eux désormais éligibles à l’aide aux grands rouleurs. Ils pourront toucher les 100 euros pour trois mois.
• Les aides aux pêcheurs prolongéesLes aides qui sont versées aux pêcheurs seront prolongées « jusqu’à fin décembre », a annoncé la ministre déléguée à la Mer, Catherine Chabaud. « Le montant de l’aide sera indexé à l’évolution du cours des carburants », a-t-elle promis. La ministre a certifié que l’aide couvrira « 70 % de la hausse des coûts du carburant par rapport à l’avant-crise ». Pour traiter les problèmes de trésorerie, le gouvernement mettra par ailleurs en place un prêt à taux zéro garanti par l’Etat « qui pourra aller jusqu’à 50 000 euros ». Il pourra être demandé dès le 1er octobre, pour un versement à partir de mi-octobre.
• Le plafond de la prime carburant relevéLe plafond de la prime carburant, exonérée de cotisations sociales et d’impôt, que les employeurs peuvent accorder à leurs salariés, va passer de 600 à 1 000 euros, a annoncé le ministre des PME Serge Papin.
Pour soutenir les entreprises de BTP et les agriculteurs, l’aide sectorielle GNR (gazole non routier) sera par ailleurs prolongée jusqu’au 31 décembre. Elles s’élèvent pour le BTP à 20 centimes d’euro par litre de GNR et à 15 centimes d’euro par litre de GNR pour l’agriculture.
• Des secteurs sans aidesLe ministre de l’Economie a expliqué que l’aide spécifique pour les transporteurs routiers s’était bien arrêtée et ne sera pas reconduite, car ils peuvent répercuter le prix de l’essence sur leurs factures. En outre, il a confirmé que les auto-écoles ne sont pas dans le champ de ces aides.
• Des aides chiffrées à 450 millions d’eurosDavid Amiel a chiffré le montant des nouvelles aides annoncées à 450 millions d’euros. La somme ne modifie pas l’enveloppe de 1,4 milliard d’aides qui avait d’ores et déjà été estimée pour faire face à cette crise, a-t-il assuré. Et ce notamment à cause du non-recours, « notamment pour le dispositif grand rouleur : tous les Français qui y avaient droit ne l’ont pas demandé », a-t-il rappelé. Seul un sur deux environ l’ayant fait, « c’est la raison pour laquelle [le gouvernement] élargit aujourd’hui le dispositif ».
• Macron demande des assouplissements à l’UEDe son côté, Emmanuel Macron a demandé à la Commission européenne plusieurs assouplissements afin de « renforcer » les capacités d’importation et de production à court terme de carburants et de gaz, dont le report d’un an de la loi sur les émissions de méthane. Il demande d’abord un « assouplissement » des standards européens sur la qualité des carburants, en matière de « masse volumique », de « densité » et de « désulfurisation ». Cette mesure permettrait, selon lui, « des gains de production notables », de l’ordre de « 5 à 20 % ». Il rappelle qu’un tel assouplissement avait été accepté par la Commission lors de la pandémie du Covid-19. Le président de la République suggère également un « assouplissement des limites d’incorporation de biocarburants », en particulier dans le gazole, afin de gagner quelques points de pourcentage de carburant non fossile par litre.
Par Service Actu (avec AFP)