Alicher Ousmanov, mais aussi Mikhaïl Fridman, deux oligarques russes parmi les plus connus de la liste des personnes sanctionnées, ont été exemptés du renouvellement des sanctions européennes contre Moscou. Une décision qui a suscité de vifs débats entre les 27.
Alicher Ousmanov, homme d’affaires russe d’origine ouzbèke, à Moscou le 26 mars 2026. IGOR IVANKO / AFP
L’Union européenne a sauvé ce mardi 22 septembre, in extremis, ses sanctions contre Moscou en se ralliant, à contrecœur et en dépit des critiques de Kiev, aux exigences de la France et du Luxembourg, qui ont obtenu le retrait de deux oligarques de cette liste noire. Deux oligarques russes, parmi les plus connus de la liste des personnes sanctionnées, en seront toutefois exemptés : Alicher Ousmanov et Mikhaïl Fridman.
Une exemption intervenue au terme d’un psychodrame et à seulement quelques heures de l’échéance ; les représentants des 27 ont finalement renouvelé les sanctions de l’UE contre près de 3 000 individus et entités, accusés de soutenir l’effort de guerre russe contre l’Ukraine.
• La France invoque des « raisons de sécurité nationale »Alicher Ousmanov, homme d’affaires russe d’origine ouzbèke, a fait fortune dans la métallurgie puis avec le groupe internet russe mail.ru. Il a été l’un des principaux actionnaires du club de football anglais d’Arsenal.
L’exigence portée par la France de le rayer de la liste a surpris à Bruxelles. Paris a invoqué des « raisons de sécurité nationale » devant ses partenaires, sans plus d’explication. Selon un diplomate, Paris a fait pression dans le cadre d’un accord de libération de prisonniers impliquant des citoyens français détenus en Azerbaïdjan.
La France n’a jamais confirmé de telles tractations, mais Paris réclame depuis des mois la libération de l’homme d’affaires français Martin Ryan, condamné par la justice azerbaïdjanaise à dix ans de prison pour « espionnage », des accusations rejetées par la France ; la cour suprême azerbaïdjanaise examinera son cas fin novembre, rappelle « Libération ». Et un autre homme d’affaires français, Anass Derraz, a été condamné à 12 ans de prison en novembre 2025 à Bakou pour avoir accepté un pot-de-vin d’un oligarque russe.
• Le Luxembourg plaide pour Mikhaïl FridmanDans le sillage de la France, le Luxembourg a de son côté obtenu la radiation de l’homme d’affaires russe Mikhaïl Fridman. Ce dernier avait entrepris une procédure d’arbitrage pour obtenir du Grand-Duché 15 milliards d’euros de réparations à la suite de ces sanctions de l’UE. Il est l’un des principaux actionnaires du conglomérat Alfa Group, qui comprend Alfa Bank, l’une des grandes banques de Russie, elle-même ciblée par les sanctions européennes.
• La colère de l’Ukraine« La décision de retirer Ousmanov et Fridman de la liste est honteuse et injustifiable », a aussitôt fulminé le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriy Sybiga. « La décision de retirer Ousmanov et Fridman de la liste est honteuse et injustifiable. Moscou se réjouit d’avoir obtenu ce qu’il voulait : un sentiment d’impunité, l’humiliation de l’UE et la division entre les Européens », a déclaré le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriy Sybiga, sur les réseaux sociaux. « J’exhorte tous les Etats membres de l’UE à annoncer dès maintenant qu’ils vont imposer leurs propres sanctions nationales à ces deux individus ».
Plus tard dans la soirée, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a regretté cette décision « au moment où la Russie mène des attaques brutales » contre sa population. « Envoyer des signaux sur la levée des sanctions contre des oligarques russes est une démarche autodestructrice et contre-productive », a-t-il assuré sur les réseaux sociaux. « Même maintenant, pendant l’Assemblée générale de l’ONU, des alertes aériennes retentissent dans de nombreuses régions en raison de drones et de missiles balistiques », a dit le président ukrainien, qui a rencontré la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen à New York ce mardi.
« Les guerres se terminent grâce à la détermination et à la force, pas par des concessions à l’entourage de l’agresseur », a-t-il ajouté. Il s’est toutefois dit « reconnaissant » envers Ursula von der Leyen pour « sa volonté de travailler à l’ajout de nouveaux noms russes à la liste des sanctions de l’UE ».
• L’opposition très ferme de la LettonieLes négociations ont été difficiles entre les 27, en particulier avec la Lettonie, qui à deux semaines de ses élections législatives, s’est longtemps opposée à lever les sanctions contre les deux oligarques russes. Une énième tractation a permis de convaincre Riga de s’abstenir pour ne pas empêcher ce renouvellement des sanctions, la principale arme dont disposent les Européens face au Kremlin. « Ce n’était pas un choix entre une bonne et une mauvaise solution, mais entre une mauvaise et une bien pire », s’est justifié le Premier ministre letton Andris Kulbergs.
Le dirigeant dit avoir obtenu en parallèle un renforcement de la coopération avec la France en matière de défense. « Le président Macron a accepté d’entamer des négociations avec la Lettonie concernant l’adhésion de notre pays à l’initiative française de dissuasion nucléaire », a assuré Andris Kulbergs. L’Ukraine et plusieurs pays de l’UE ont pourtant mis tout leur poids dans la balance pour éviter la radiation des deux oligarques, la considérant comme un précédent dangereux et un mauvais signal envoyé à Moscou. « Cela envoie vraiment le signal que l’on peut obtenir un retrait de la liste en faisant du chantage », s’était ainsi insurgé un autre diplomate européen.
• La Russie s’engouffre dans la brèchePeu avant la décision de l’UE, le Kremlin n’a pas manqué de réclamer la levée des sanctions européennes à l’encontre de « tous les hommes d’affaires russes ». Celles-ci consistent en un gel des avoirs et une interdiction de voyager sur le territoire des 27 pays membres. Quelque 28 milliards de ces avoirs sont ainsi gelés dans l’UE. Ce régime de sanctions contre Moscou doit être renouvelé tous les six mois, et les 27 ont décidé que ce délai soit étendu jusqu’à 36 mois, afin d’éviter de nouveaux psychodrames.
Par Service Actu (avec AFP)
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