Un drone russe a frappé la locomotive d’un train de voyageurs à 2km de la frontière polonaise, dimanche soir. Selon les chemins de fer ukrainiens, des dignitaires étrangers étaient directement visés. ...
Un drone russe a frappé la locomotive d'un train de voyageurs ukrainien en direction de Varsovie à seulement 2km de la frontière polonaise, ce dimanche. "Les passagers n'ont pas été blessés" a rapidement commenté l'opérateur des chemins de fer ukrainiens, Ukrzaliznytsia, avant d'avertir qu'une "attaque systémique" plus large était "en cours à travers le pays" contre le chemin de fer, et que d'autres évacuations de passagers étaient possibles.
Moins meurtrière que d'autres, cette attaque menée dans la gare de Iahodyn a immédiatement suscité énormément de réactions. Parce qu'elle a touché la principale ligne de connexion entre l'Ukraine et le reste de l'Europe, régulièrement fréquentée par les dirigeants occidentaux d'une part, et parce qu'elle illustre la volonté de plus en plus affirmée de Moscou d'étendre directement ou indirectement la guerre sur le territoire de l'Europe et l'Otan.
Dès 17h, le Premier ministre polonais, Donald Tusk, a convoqué une réunion au Centre de sécurité gouvernementale. "Quiconque se demande s'il est judicieux de soutenir militairement l'Ukraine devrait tirer les conclusions des événements de cette nuit" a ensuite réagi le vice-ministre polonais de la Défense nationale, Cezary Tomczyk. "Pour beaucoup, la guerre peut encore sembler quelque chose de lointain, presque surréaliste. Mais elle se déroule très près de la frontière polonaise […]. Dans l'intérêt de la Pologne et de toute l'Europe, l'Ukraine doit gagner cette guerre."
"Il s'agit d'une escalade, a embrayé le ministre polonais des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski. C'est une nouvelle grande épreuve pour l'Ukraine et pour les hypothétiques futures victimes de l'agression russe, et cela signifie que nous devons redoubler d'efforts pour soutenir les victimes de l'agression. La terreur russe ne fait pas que frapper à la porte, elle est à l'intérieur de la maison."
Ukrzaliznytsia, le gestionnaire du réseau ferroviaire ukrainien, juge "très probable" que cette frappe ait directement visé un autre train, passé sur les lieux de la frappe quelques minutes plus tôt, transportant "des conseillers à la sécurité et des anciens dirigeants européens dont l'ex-Premier ministre britannique Boris Johnson", ainsi le député allemand Robin Wagener, de retour de la conférence internationale Yalta European Strategy organisée à Kiev.
Le train les ramenant en Pologne avait "quitté la gare plus tôt que prévu en raison des ajustements en temps réel des horaires face à la menace constante de frappes russes", a souligné l'opérateur ukrainien, qui a en outre précisé que l'ex-directeur de la CIA David Petraeus se trouvait également dans la gare visée mais dans un autre convoi, au moment de la frappe.
Le ferroviaire, nouvelle cible assumée"J'ignore quelle logique dévoyée conduit Poutine à faire exploser une locomotive à la frontière polonaise, mais c'est le genre d'attaque insensée que les Ukrainiens endurent chaque jour", a réagi sur X Boris Johnson lundi matin. "Quand allons-nous donner [aux Ukrainiens] les défenses aériennes dont ils ont besoin ? […] Pourquoi ne pas débloquer les fonds de Poutine et les verser à l'Ukraine ? Il y a plus de 140 milliards d'euros sur un compte bancaire belge, et environ 10 milliards de livres sterling à Londres. La Grande-Bretagne pourrait montrer l'exemple".
Le raid de drones russes survenu dimanche est "clairement destiné à faire peur aux pays occidentaux afin qu'ils cessent de soutenir l'Ukraine, qu'ils renoncent à s'y rendre pour exprimer leur soutien", a également indiqué lundi la cheffe de la diplomatie de l'Union européenne, Kaja Kallas.
Fait inhabituel, Moscou a rapidement reconnu être à l'origine de l'attaque. "Les frappes se sont poursuivies contre des infrastructures ferroviaires dans les régions occidentales de l'Ukraine, qui sont utilisées pour transporter des cargaisons militaires en provenance des pays européens", a écrit le ministère de la Défense russe dans un communiqué.
Lundi, celui-ci a par ailleurs annoncé que ces frappes se poursuivraient et que des drones Gueran-4 avaient déjà touché des "convois militaires et des locomotives" dans les oblasts de Dnipropetrovsk, Zaporijia, Poltava, Mykolaïv et Odessa. "Afin de réduire les capacités logistiques des forces armées ukrainiennes, les forces russes continuent de frapper systématiquement des infrastructures de transport ennemies". "Nos militaires accomplissent leurs missions sur l'ensemble du territoire ukrainien et continueront à le faire", s'est contenté d'ajouter lundi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.
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