Au pied de la Butte du Lion, le président du MR a donné le coup d’envoi d’une rentrée politique sous haute tension, entre veto absolu sur l’augmentation de la TVA et piques contre le Premier ministre. ...
La montée sur la scène de Georges-Louis Bouchez, face à une Butte du Lion de Waterloo illuminée par le soleil, avait des airs de champ de bataille. Le président a entamé son discours les yeux perlés de larmes et la voix enrouée par l'épaisse fumée de fumigènes aux couleurs du MR allumés à son arrivée. Une mise en scène théâtrale pour une rentrée politique qui s'annonce comme une épreuve de force au sein de la coalition Arizona; où le président libéral s'attend à essuyer les tirs d'artillerie de ses partenaires.
À ce titre, le choix historique de Waterloo avait de quoi laisser perplexe. C'est ici, après tout, que Napoléon — l'un des modèles du président du MR — a perdu sa dernière partie. Une métaphore assumée sans détour par l'intéressé depuis la tribune : "Gagner ou perdre, cela fait partie de la vie. Ce qui compte, c'est de marquer durablement son époque avec des réformes qui structurent et améliorent le bien commun", a lancé le Montois.
Georges-Louis Bouchez enveloppé par les fumées de fumigènes, sur la scène de la butte du lion. ©BelgaimageFallait-il y voir une manière de préparer les esprits à une éventuelle défaite électorale en 2029 ? Certains participants l'ont évoqué sous cape.
"Pas du tout", a objecté le président du MR, au terme de son meeting. Mais il faut préparer ses gens à ne pas avoir peur de perdre pour pouvoir gagner. Et nous, on gagnera en 2029, je vous le dis."
Budget fédéral: "Pour le MR, une attaque sur la TVA est inacceptable", avertit David ClarinvalPour insuffler cet esprit de "winner réformateur" à son parti, le MR avait demandé à plusieurs de ses élus, projetés sur l'écran géant, de se choisir une figure historique ayant marqué son époque : Mathieu Bihet a invoqué Winston Churchill, Bernard Quintin a opté pour Joseph Fouché, tandis que Boris Dilliès a préféré… Charlie Chaplin. "Parce qu'il faisait un travail sérieux, sans se prendre au sérieux", a-t-il commenté.
Sur le plan sociétal, Georges-Louis Bouchez a durci le ton en matière migratoire, invitant à la tribune la ministre néerlandaise de la Défense, Dilan Yeşilgöz-Zegerius (VDD). S'appuyant l'intervention de cette élue hostile à l'immigration illégale, le président du MR a plaidé sans fard pour "renvoyer beaucoup plus vite, beaucoup plus fort".
"31 % des détenus dans les prisons belges sont en situation illégale", a-t-il assuré. "J'entends déjà les procès en fascisme. Mais l'immigration illégale aujourd'hui est l'un des plus grands fournisseurs de main-d'œuvre pour les organisations criminelles."
Le MR prêt à une longue bataille sur le budget, avec une ligne rouge sur la TVA"Le gouvernement ne tombera pas"Mais l'actualité la plus pressante concerne le conclave budgétaire de l'Arizona, qui promet des étincelles alors que le gouvernement s'est engagé à faire 10 milliards d'euros d'économies.
Alors que le Premier ministre Bart De Wever avait prévenu dès février de la nécessité de revoir la TVA à la hausse, le MR maintient un veto absolu contre cette mesure.
Pour le président du MR, "refuser la TVA n'est pas mettre une bombe en dessous du gouvernement".
"Si vous êtes investisseurs, vous croyez que vous allez choisir la Belgique, où on parle d'impôts du matin au soir ? Ou on dit que c'est la fin du monde, que l'État est en faillite ? J'en ai marre de ce discours fataliste et pessimiste."
Interrogé sur le discours de Bart De Wever, qui comparait le budget de la Belgique au Titanic, le président du MR s'est quelque peu lâché.
guillement"Cela fait de nombreux mois que j'en parle au Premier ministre. Moi, j'invite à remettre un petit peu de souffle et de vision au niveau politique."
"Si j'étais premier ministre, j'aurais un autre discours pour mobiliser ma population, oui. Nous avons deux personnalités différentes : je suis plus latin, il est plus nordique, avec une tendance protestante. Nous sommes à Waterloo : avant d'emmener des gens à la bataille, on ne leur dit pas qu'on va tous mourir. Il faut aussi leur dire pourquoi on fait cela, ce qu'est notre vision. Est-ce qu'on veut sauver des administrations, ou un niveau de bien-être ? Sauver un statu quo politique ou, au contraire, sauver un pays qui a toujours été à la pointe du progrès ? Cela fait de nombreux mois que j'en parle au Premier ministre. Moi, j'invite à remettre un petit peu de souffle et de vision au niveau politique."
Le Montois a également évoqué le risque d'une chute du gouvernement. "Personne n'est indispensable. Si, à un moment donné, on trouve que plus d'impôts, c'est ça la solution, plus de laxisme, c'est ça la clé, on peut le faire sans le MR", a lancé Georges-Louis Bouchez.
"Mais le gouvernement ne tombera pas", a-t-il évacué, renvoyant la balle à ses partenaires, dont Vooruit, en dénonçant le petit jeu politico-médiatique du "si tu n'acceptes pas, c'est la fin du gouvernement", qu'il qualifie de "façon assez médiocre de faire de la politique".
Pour combler le déficit sans alourdir la fiscalité, le Montois privilégie une réduction drastique des dépenses publiques — ciblant notamment les soins de santé mais préservant la défense — et rejette catégoriquement le dogme du "neuvième fiscal" (le gouvernement s'est engagé à réaliser un neuvième de son effort budgétaire via de nouvelles taxes). "Le 1/9 de fiscalité est atteint, je tiens à le dire", tranche-t-il en légère contradiction avec les nuances de son vice-Premier ministre David Clarinval, interrogé samedi dans La Libre.
Budget fédéral: "Pour le MR, une attaque sur la TVA est inacceptable", avertit David ClarinvalGeorges-Louis Bouchez semble vouloir rappeler à ses partenaires de majorité qui est le patron au MR. "Si demain certains veulent revoir l'accord de gouvernement, en nous disant par exemple que le 1/9e fiscal n'est plus tenable, alors on réinvite les présidents autour de la table des négociations. Il n'y aura pas d'amendement de la déclaration de politique générale sans passer par les présidents. Qu'on soit bien clair là-dessus."
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